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13 mars, 2015

La spécialisation et le commerce pour sauver l’environnement

La crise économique a pour effet de ramener à l’avant-scène un réflexe vieux comme le monde, le protectionnisme. Selon ses défenseurs, il suffirait de fermer les frontières et l’économie redémarrerait comme par enchantement.

Quiconque connaît un tant soit peu l’histoire sait que la croissance économique est directement liée à la liberté de commercer. Toutes les économies qui, par réflexe protectionniste ou pour d’autres raisons politiques, se sont repliées sur elles-mêmes ont périclitées : l’ex-URSS, la Chine de Mao, la Corée du Nord, etc.

Les bénéfices du commerce

Dans un marché libre les prix des biens et services sont déterminés par les acheteurs et les vendeurs. Grâce à la spécialisation et la concurrence que se livrent les vendeurs, les prix des produits et services tendent à diminuer et leur qualité à s'améliorer pour le bénéfice du consommateur. Le commerce permet de multiplier les bienfaits de la concurrence au-delà de son village, de sa région et de son pays.

Essentiellement, le commerce permet de produire plus de biens et services à moindre coût, c’est-à-dire en utilisant moins de ressources. Donc, en augmentant les biens et services disponibles le commerce favorise la croissance du niveau de vie des individus et des sociétés qui le pratiquent.

À titre d’exemple, supposons que le Québec désire exporter plus de produits d’aluminium aux États-Unis et que les Américains demandent d’exporter plus de produits laitiers au Québec (1). À court terme, les prix des produits laitiers québécois subiront des pressions à la baisse. Les producteurs devront s’ajuster pour survivre. Les producteurs d’aluminium américains subiront un sort similaire. Toutefois, cette situation forcera le transfert de ressources d’une industrie inefficace vers une industrie plus efficace dans chacune des économies. Ainsi, pour une même quantité de ressources utilisées les Québécois obtiendront plus de produits laitiers et les Américains plus de produits d’aluminium. Ainsi, les Québécois et les Américains se seront mutuellement enrichis.

Le lobbying

Le commerce menace la rentabilité, voire l’existence, des industries inefficaces. Pour se protéger elles demandent l’intervention des gouvernements.

Le libre commerce subit présentement des pressions politiques et culturelles en faveur de l’adoption de politiques d’achat local. Les adeptes du protectionnisme prétendent qu’en consommant des produits locaux nous favorisons les emplois locaux. Les groupes écologistes recommandent la consommation de produits locaux pour réduire les volumes de gaz à effet de serre (GES) générés par le transport des produits importés. Dans un cas comme dans l’autre ils font fausse route.

Pour prendre un exemple évident, des tomates Savoura produites en serre au Québec génèrent considérablement plus de GES que des tomates des champs produites au Mexique et transportées au Québec. Donc, tant du point de vue économique qu’environnemental il est préférable d’importer les tomates du Mexique. D’ailleurs, malgré une aide gouvernementale considérable, le producteur de tomates en serre Savoura est au bord de la faillite.

Bien sûr, Savoura emploie des travailleurs pour produire des tomates québécoises. Toutefois, le Mexique n’ayant plus les revenus associés à l’exportation de ses tomates réduira d’autant ses importations de produits québécois. Ainsi, les emplois maintenus au Québec pour produire des tomates de serre seront perdus par d’autres entreprises québécoises. À la fin, les consommateurs québécois et mexicains seront les grands perdants de cette politique d’achat local.

Poussée à l’extrême, une politique d’achat local est une recette qui mène à la faillite des économies qui la pratiquent. La piètre performance de l’économie cubaine est un bon exemple des effets pervers d’une économie fermée sur elle-même. Le fait que ce soit le blocus américain qui impose cette politique aux Cubains ne change en rien la conclusion.

Le cas particulier de l’industrie agricole

L’’industrie agricole est la cible de prédilection des défenseurs des politiques d’achat local. Ils sont secondés dans leur démarche par les écolos qui prétendent que le transport des produits agricoles génère d’importante quantité de GES.

Il est certain que le transport des denrées alimentaires entre les différentes régions du monde produit des GES. Cependant, cela ne permet pas de conclure que les produits agricoles locaux sont plus respectueux de l’environnement que ceux en provenance du Chili, du Mexique ou de la Californie.

Une étude de l’université Lincoln en Nouvelle-Zélande a calculé qu’une tonne de viande d’agneau produite en Angleterre génère 2 849 kgm de CO2. Le même agneau élevé en Nouvelle-Zélande et transporté sur une distance de 18 000 km, en génère 4 fois moins, soit seulement 688 kgm.

Une étude de Christopher L. Weber et H. Scott Matthews publiée dans Division of Labour conclut :



En général, la consommation de plantes au lieu de viande, en particulier les viandes rouges, procure plus de bénéfices pour l’environnement que la substitution de légumes locaux par des légumes transportés sur de longue distance.

Il serait fastidieux de calculer la pollution générée par chacune des étapes de production de l’ensemble des denrées que nous consommons. Toutefois, il est raisonnable d’affirmer que la pollution associée à la production d’un produit donné est proportionnel à son prix. C’est normal puisque le prix est proportionnel à la quantité de ressources requises pour le produire. Donc, généralement le consommateur qui achète le produit le moins cher protège l’environnement tout en améliorant son niveau de vie.

Malheureusement, les subventions aux producteurs locaux et les tarifs à l’importation faussent les prix et sèment la confusion chez les consommateurs. Ainsi, un consommateur, conscient des enjeux environnementaux, croira bien faire en achetant un produit local moins dispendieux. Cependant, il aura été berné par les tarifs à l’importation d’un produit équivalent ou par des subventions aux producteurs locaux. Seul le libre marché est en mesure d’établir le « juste prix » d’un produit et de guider objectivement le consommateur dans ses choix.

L’agriculture au Québec

Supposons que dans le but louable de sauver la planète, les Québécois décident d’acheter exclusivement des produits agricoles locaux. Cela augmentera la demande des produits locaux et du même coup les besoins en ressource. Cette décision n’est pas sans conséquence. Elle implique que, pour une même quantité de biens et services, le Québec utilisera plus de ressources qu’il en faudrait dans un régime économique favorisant la spécialisation et le commerce. Ainsi, les ressources utilisées inefficacement par l’industrie agricole ne seront plus disponibles pour d’autres industries qui en auraient fait une meilleure utilisation. Donc, l’économie du Québec sera moins efficace que si elle commerçait librement.

Cette conclusion est particulièrement valable pour l’industrie agricole québécoise. Le climat froid qui prévaut au Québec augmente les coûts de production bien au-delà des coûts de transport des denrées en provenance des pays du sud.

Premièrement, notre courte saison de croissance limite les fermes à une seule récolte annuelle. Donc, pour produire une quantité donnée de denrées, nous devons utiliser 2 ou 3 fois plus de terres arables qu’une région ou on produit plusieurs récoltes annuelles.

Deuxièmement, la rareté de la main-d’œuvre oblige les agriculteurs à utiliser plus d’équipements mécaniques. Ces équipements coûtent cher et leur utilisation génère de grande quantité de GES.

Troisièmement, nous utilisons plus d’engrais chimiques pour compenser la pauvreté des sols et la courte saison de croissance. Ces engrais polluent l’environnement et l’énergie nécessaire à leur production génère beaucoup de GES.

Quatrièmement, le climat impose des coûts d’opération élevés. Les agriculteurs utilisent des bâtiments chauffés, éclairés et ventilés pour protéger les animaux. Ces infrastructures énergivores sont une source non négligeable de GES.

Finalement, les cultures maraichères et horticoles requièrent l’utilisation de serres chauffées et ventilées. Une politique qui favorise ces cultures va à l’encontre d’un objectif de développement durable.

Le Québec est l’une des régions du monde ou l’industrie agricole est la moins efficace. Elle est artificiellement maintenue en vie par un régime de gestion de l’offre et par des subventions qui coûtent des centaines de millions annuellement aux consommateurs québécois.

Conclusion

La science économique démontre que le commerce enrichit ceux qui le pratiquent. Toutefois, les opposants argumentent que la création de richesse n’est pas la finalité de l’homme. Ils accusent le libre marché de tous les maux, notamment de détruire l’environnement.

Cependant, ils occultent sciemment le fait que pour une production donnée le commerce permet de réduire le gaspillage de ressources rares et limitées. Donc, indirectement, le commerce en favorisant l’économie des ressources, réduit les émissions de GES et protège l’environnement. Au contraire, les politiques d’achat local amplifient les problèmes que les groupes d’intérêt et les écolos prétendent vouloir résoudre. Comme c’est souvent le cas, les bonnes intentions ne suffisent pas.

Il est évident qu’au Québec une politique stricte d’achat local en agriculture est irréaliste et dommageable pour l’économie et l’environnement. Les régimes de gestion de l’offre, les subventions et les tarifs douaniers nuisent au développement économique du Québec. Ils favorisent une agriculture locale inefficace au détriment des consommateurs.

(1) Il est sous-entendu que l’industrie québécoise de l’aluminium est plus efficace que celle des États-Unis et vice-versa dans le cas de l’industrie laitière. Le but de ce texte n’est pas de démontrer la véracité de cette hypothèse, mais plutôt d’utiliser cette hypothèse pour démontrer les avantages du libre commerce.

(2) Traduction libre du texte : We find that although food is transported long distances in general (1640 km delivery and 6760 km life-cycle supply chain on average) the GHG emissions associated with food are dominated by the production phase, contributing 83% of the average U.S. household's 8.1 t CO2e/yr footprint for food consumption. Transportation as a whole represents only 11% of life-cycle GHG emissions, and final delivery from producer to retail contributes only 4%. Different food groups exhibit a large range in GHG-intensity; on average, red meat is around 150% more GHG-intensive than chicken or fish. Thus, we suggest that dietary shift can be a more effective means of lowering an average household's food-related climate footprint than "buying local." Shifting less than one day per week's worth of calories from red meat and dairy products to chicken, fish, eggs, or a vegetable-based diet achieves more GHG reduction than buying all locally sourced food.
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