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Vaut mieux en rire!

31 octobre, 2014

Pourquoi certaines sociétés s’enrichissent, alors que d’autres semblent condamnés à la pauvreté?

Revue de livre par Serge Rouleau

Il existe de nombreuses théories pour expliquer les énormes disparités de richesse entre les différentes nations du monde. Toutefois, elles sont souvent simplistes et rarement universelles. Les économistes Daron Acemoglu du MIT et James Robinson de Harvard ont voulu palier à cette lacune en publiant Why Nations Fail.

Les auteurs ont étudié l’histoire de plusieurs sociétés en Europe, en Amérique et en Asie dans le but de comprendre pourquoi certaines se sont enrichies, alors que d’autres sont demeurées pauvres. Est-ce la géographie, la présence de richesses naturelles, la culture ou encore l’ignorance des leaders?

Le phénomène de l’enrichissement des sociétés date d’au plus 200 ans. Avant la révolution industrielle, les populations étaient égales dans la pauvreté. Le revenu moyen d’un conquistador était environ le double d’un Inca.

Les citoyens de l’Angleterre et des États-Unis se sont enrichis après avoir renversé l’élite dirigeante et l’avoir remplacé par une société plus égalitaire. Les gouvernements devaient rendre des comptes aux citoyens et ceux-ci étaient libres d’entreprendre et de choisir leurs activités en fonction de leurs intérêts économiques.

Selon Acemoglu et Robinson, ce sont les institutions qui encadrent le fonctionnement d’une société qui favorisent ou non son succès. Une société bénéficiant d’institutions inclusives prospère, alors que les sociétés encadrées par des institutions extractives sont condamnées à la misère.

La clé du développement est l’inclusion de la majorité de la population à la vie économique. Lorsqu’un individu peut améliorer son sort en travaillant plus, en prenant des risques ou en innovant, la société se développe et tous en profitent. Les principes sous-jacents aux institutions inclusives sont principalement la propriété privée, le caractère sacré de l’État de droit et la pluralité politique. La propriété privée permet aux individus de profiter des bienfaits des efforts qu’ils déploient dans la société. L’État de droit minimise l’arbitraire et protège les individus des abus. La pluralité politique stimule les débats sociaux et permet de maintenir un bon équilibre entre les diverses options politiques.

Au contraire, une société encadrer par des institutions extractives est caractérisée par la dictature politique et l’arbitraire. Règle générale, lorsque le pouvoir politique est centralisé dans les mains de quelques individus, le gouvernement est instrumentalisé au bénéfice de l’élite dirigeante. La population  ne pouvant bénéficier des bienfaits de leurs efforts a recours à toutes sortes de subterfuges pour éviter la confiscation du fruit de leurs labeurs. Les plus talentueux émigrent quand cela est possible. Ces populations sont condamnées à la pauvreté.

L’État doit être suffisamment fort pour mettre en place des institutions favorisant l’activité économique : des systèmes judiciaire et monétaire forts, une sécurité publique et une justice indépendants de la politique, des infrastructures de base suffisantes et efficaces et des systèmes de santé et d’éducation de qualité. Cependant, le pouvoir de l’État ne doit pas être hégémonique. Pour éviter les systèmes où une minorité au pouvoir exploite la majorité, il doit y avoir plusieurs sources de pouvoirs : plusieurs partis politiques, une société civile militante et des médias forts et indépendants.

Les auteurs utilisent, entre autres, les Corées pour démontrer leur thèse. Au milieu du XXe siècle, les Corées du Nord et du Sud étaient réunies. Elles bénéficiaient donc des mêmes atouts : population homogène, même culture, mêmes ressources naturelles, etc.. La guerre de Corée au début des années 50 créa deux pays, le Nord et le Sud. La Corée du Nord, s’inspirant de la Chine communiste,  a eu recours à des institutions extractives pour gouverner. Par contre, la Corée du Sud, tout en conservant les caractéristiques propres à la culture coréenne, s’inspira des démocraties capitalistes. Elle a adopté des institutions inclusives pour gouverner. Soixante ans plus tard, la population de la Corée du Nord végète parmi les plus pauvres au monde, tandis que celle de la Corée du Sud a rapidement rattrapé la plupart des pays occidentaux.


Toutefois, les auteurs nous rappellent qu’il n’y a rien de permanent. Une société inclusive peut rapidement muter en une société extractive. Il suffit de regarder l’histoire récente du Venezuela pour s’en convaincre.
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