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16 juin, 2023

Anniversaire d’Adam Smith : l’économie de marché au service des plus modestes

 Par Rainer Zitelmann.

Nous savons très peu de choses sur Adam Smith. Nous ne connaissons même pas la date de naissance du célèbre Écossais. Tout ce que nous savons, c’est la date de son baptême, le 5 juin 1723 (calendrier julien), ce qui signifie que, selon notre calendrier grégorien, il a été baptisé le 16 juin. Il n’a pas connu son père, fonctionnaire des douanes, mort à 44 ans, quelques mois avant sa naissance.

Parmi ceux qui n’ont jamais lu ses livres, certains le considèrent comme un partisan de l’égoïsme ultime, voire peut-être, comme le père spirituel du capitalisme extrême à la Gordon Gekko, qui s’exclame « Greed is good ! » dans le film Wall Street. C’est une image déformée qui découle de l’importance pour Smith de l’intérêt personnel des acteurs économiques dans son livre La richesse des nations.

 

Smith partisan de l’égoïsme ultime ?

Mais cette image est sans aucun doute erronée.

Le premier chapitre de son livre Théorie des sentiments moraux commence par une section intitulée « De la sympathie », qu’il définit comme « le fait de se sentir solidaire d’une passion, quelle qu’elle soit ».

Aujourd’hui, nous utiliserions probablement le mot « empathie » :

« Quel que soit le degré d’égoïsme de l’homme, il est évident qu’il existe dans sa nature certains principes qui l’intéressent à la fortune des autres et qui lui rendent leur bonheur nécessaire, bien qu’il n’en retire rien d’autre que le plaisir de le voir. C’est de ce genre que relève la pitié ou la compassion, l’émotion que nous ressentons pour la misère d’autrui, soit que nous la voyions, soit qu’on nous la fasse concevoir d’une manière très vivante ».

La sympathie de Smith allait surtout aux moins fortunés. De diverses sources de revenus il gagnait 900 livres par an, soit trois à quatre fois le salaire d’un professeur d’université. Mais à la lecture du dernier testament d’Adam Smith, son neveu David Douglas est déçu. Le testament confirme ce que les amis d’Adam Smith soupçonnaient depuis longtemps : il hérite beaucoup moins que ce qu’il espérait car Smith avait fait don de la quasi-totalité de sa fortune aux plus pauvres, la plupart du temps en secret. Sa générosité lui avait même valu, à un moment donné, de rencontrer des difficultés financières.

Si vous lisez ses deux principaux ouvrages, La richesse des nations et La théorie des sentiments moraux, vous aurez du mal à trouver un seul passage où il parle des riches et des puissants en termes élogieux. Les marchands et les propriétaires sont presque exclusivement dépeints sous un jour négatif, principalement comme des personnes égoïstes et avides de monopoles.

« Nos marchands et nos maîtres-fabricants se plaignent des effets néfastes des salaires élevés qui augmentent les prix et diminuent ainsi la vente de leurs marchandises, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Ils ne disent rien sur les effets néfastes des profits élevés. Ils ne disent rien des effets pernicieux de leurs propres gains. Ils ne se plaignent que des autres ».

Ou encore :

« Les gens du même métier se réunissent rarement, même pour se distraire, mais la conversation se termine par une conspiration contre le public ou par un stratagème pour faire monter les prix ».

Le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels contient davantage de critiques positives sur les capitalistes que n’importe quel ouvrage d’Adam Smith : Marx et Engels écrivent avec admiration que la bourgeoisie crée constamment des forces de production plus puissantes que toutes les générations précédentes réunies.

 

Adam Smith : entre critique des riches et compassion envers les pauvres

Aucune trace d’une telle admiration dans l’œuvre de Smith. Au contraire, les riches sont la cible d’une critique caustique. Les défenseurs de Smith affirment que cela ne reflète pas un quelconque ressentiment général à l’égard des entrepreneurs ou des riches, mais plutôt le fait que Smith prône la libre concurrence et s’oppose aux monopoles. C’est certainement en partie vrai, mais à la lecture de ses deux principaux ouvrages, il semble qu’en fin de compte, Smith aime les riches autant qu’il n’aime pas les hommes politiques. Même lui n’était pas exempt du ressentiment traditionnellement entretenu par les intellectuels à l’égard des classes possédantes.

À l’inverse, de nombreux passages témoignent de sa sympathie pour la condition des plus modestes,  c’est-à-dire de la grande majorité de la population qui doit échanger son travail contre un salaire afin de gagner sa vie.

Dans Adam Smith’s America, Glory M. Liu passe en revue la perception d’Adam Smith et l’état de la recherche, quasi unanime à conclure que pour Smith, la caractéristique la plus importante de la société commerciale était qu’elle améliorait la condition des pauvres.

Citons un passage célèbre de La richesse des nations :

« Aucune société ne peut être florissante et heureuse si la plus grande partie de ses membres est pauvre et misérable. Il est d’ailleurs équitable que ceux qui nourrissent, vêtent et logent l’ensemble du peuple aient une part du produit de leur propre travail qui leur permette d’être eux-mêmes raisonnablement bien nourris, vêtus et logés. »

Aujourd’hui, ces mots sont parfois interprétés à tort comme un plaidoyer en faveur d’une redistribution des richesses par le gouvernement. Ce n’était pas son intention, et il n’appelait certainement pas à une révolution sociale. Mais selon lui, la pauvreté n’était pas inéluctable, et surtout, il ne faisait pas confiance aux gouvernements.

Dans le chapitre 8 de La richesse des nations, il souligne que la croissance économique continue est le seul moyen d’élever le niveau de vie et d’augmenter les salaires, car une économie stagnante entraîne baisse des salaires, et donc du niveau de vie.

Selon lui, « la famine n’a jamais eu d’autre cause que la violence d’un gouvernement tentant, par des moyens inappropriés, de remédier aux inconvénients d’une disette ».

Nous savons parfaitement à quel point il avait raison 250 ans plus tard, après des centaines, voire des milliers de tentatives infructueuses de maîtrise de l’inflation par le contrôle des prix.

 

Adam Smith vs Karl Marx

Karl Marx, quant à lui, pensait avoir découvert plusieurs lois économiques qui conduiraient nécessairement à la chute du capitalisme, telles que la « tendance à la baisse du taux de profit » ou l’appauvrissement du prolétariat.

Avant l’apparition du capitalisme, la plupart des habitants de la planète vivaient dans une extrême pauvreté.

En 1820, environ 90 % de la population mondiale vivait dans la pauvreté absolue. Au cours des dernières décennies, depuis la fin du communisme en Chine et dans d’autres pays, le recul de la pauvreté s’est accéléré à un rythme inégalé dans l’histoire de l’humanité. En 1981, le taux de pauvreté absolue était de 42,7 % ; en 2000, il était tombé à 27,8 % et il est aujourd’hui inférieur à 9 %.

Smith avait prédit que seule l’expansion des marchés pouvait conduire à une prospérité accrue.

C’est précisément ce qui s’est produit depuis la fin des économies planifiées socialistes. Rien qu’en Chine, l’introduction de la propriété privée et les réformes du marché ont permis de réduire le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté de 88 % en 1981 à moins de 1 % aujourd’hui.

À ma question de savoir en quoi Adam Smith était pertinent en Chine, Weiying Zhang, économiste spécialiste du marché libre à l’université de Pékin, m’a répondu :

« Le développement économique rapide de la Chine au cours des quatre dernières décennies est une victoire du concept de marché d’Adam Smith. Contrairement aux interprétations qui prévalent en Occident, la croissance économique et le recul de la pauvreté en Chine n’ont pas eu lieu à cause de l’État, mais malgré l’État, et ont été permis par l’introduction de la propriété privée. »

Alors que Karl Marx pensait que la condition des pauvres ne pouvait être améliorée qu’en abolissant la propriété privée, Smith croyait au pouvoir du marché.

Il n’était pas partisan d’une utopie libertaire sans État – il estimait que les gouvernements avaient des fonctions importantes à remplir.

 

L’importance de l’intérêt personnel

Néanmoins, en 1755, deux décennies avant la parution de La richesse des nations, il a lancé un avertissement lors d’une conférence :

« L’homme est généralement considéré par les gouvernements et les planificateurs comme le matériau d’une sorte de mécanique politique. Les planificateurs dérangent la nature dans le cours de son évolution dans les affaires humaines ; il ne faut rien de plus que les laisser tranquilles, leur donner libre cours dans la poursuite de leurs fins, pour qu’elles puissent établir leurs propres desseins […] Tous les gouvernements qui contrarient ce cours naturel, qui forcent les choses dans une autre voie, ou qui s’efforcent de freiner le progrès à un point particulier, sont contre nature, et pour se soutenir, sont obligés d’être oppressifs et tyranniques ».

Ces paroles étaient en effet prophétiques. La plus grande erreur des planificateurs a toujours été de s’accrocher à l’illusion qu’il est possible, théoriquement, de planifier un ordre économique. Ils croient que quelqu’un, assis derrière un bureau, peut façonner un ordre économique idéal et qu’il ne reste plus qu’à convaincre suffisamment d’hommes politiques de le mettre en pratique.

Aujourd’hui, on reproche souvent à Smith d’avoir souligné l’importance de l’intérêt personnel. En effet, il a souvent insisté sur le poids de l’égoïsme, précisément parce que les individus ont constamment besoin de l’aide d’autrui. Toutefois, il pensait qu’il ne fallait pas compter uniquement sur cette bonne volonté. C’est dans ce contexte qu’il a utilisé l’expression main invisible, qui l’a rendu si célèbre, bien qu’elle n’apparaisse que trois fois dans l’ensemble de son œuvre (ce que l’on retrouve avec Schumpeter et l’expression destruction créatrice, qu’il n’a utilisée que deux fois) :

« Comme chaque individu s’efforce donc, autant qu’il le peut, d’employer son capital au soutien de l’industrie nationale et de diriger cette industrie de manière à ce que son produit ait la plus grande valeur, chaque individu s’efforce nécessairement de rendre le revenu annuel de la société aussi élevé qu’il le peut. En général, en effet, il n’a pas l’intention de promouvoir l’intérêt public, ni ne sait dans quelle mesure il le promeut […] Et il est, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres, conduit par une main invisible à promouvoir une fin qui ne faisait pas partie de son intention. Et ce n’est pas toujours le pire pour la société que cela ne fasse pas partie de ses intentions. En poursuivant son propre intérêt, il promeut souvent celui de la société plus efficacement que lorsqu’il a réellement cette intention. Je n’ai jamais vu beaucoup de bien fait par ceux qui affectaient de commercer pour le bien public ».

Les idéologies totalitaires cherchent à réduire le moi. Elles ne veulent rien d’autre que le subordonner au nous, comme le démontrent deux des maximes du national-socialisme :

« Du bist nichts, dein Volk ist alles » (tu n’es rien, ton peuple est tout) et « Gemeinwohl vor Eigenwohl » (l’intérêt public avant l’intérêt personnel)

Dans un discours prononcé en novembre 1930, Adolf Hitler a déclaré :

« Dans toute la sphère de l’économie, l’intérêt public est plus important que l’intérêt personnel : dans toute la sphère de la vie économique, dans toute la vie, il faut en finir avec l’idée que l’intérêt individuel est l’essentiel et que l’intérêt de la collectivité repose sur celui de l’individu, c’est-à-dire que ce dernier est à l’origine de l’intérêt de la seconde. L’inverse est vrai : le bénéfice du collectif détermine le bénéfice de l’individu. Si ce principe n’est pas reconnu, alors l’égoïsme s’installe inévitablement et déchire la communauté ».

Cette conviction est celle de tous les penseurs totalitaires, révolutionnaires et dictateurs, de Robespierre à Lénine, Staline, Hitler et Mao.

Hannah Arendt, l’un des plus grands penseurs du XXe siècle, a écrit dans La révolution :

« Ce n’est pas seulement dans la Révolution française, mais dans toutes les révolutions que son exemple a inspirées, que l’intérêt commun est apparu sous les traits de l’ennemi commun, et la théorie de la terreur, de Robespierre à Lénine et Staline, présuppose que l’intérêt de l’ensemble doit automatiquement, et même en permanence, être hostile à l’intérêt particulier du citoyen. »

Oui, de manière absurde, Arendt prétend que le désintéressement est la plus haute vertu, et que la valeur d’un homme peut être jugée par la mesure dans laquelle il agit contre son propre intérêt et sa propre volonté.

13 mai, 2023

Comment les banques centrales ont créé une nouvelle crise financière

 Par Rainer Zitelmann.

Entre fin septembre 2022 et fin mars 2023, les parts d’un fonds immobilier commercial américain dans lequel j’ai investi ont été dévaluées, passant de 6,13 millions de dollars à 3,81 millions de dollars, ce qui signifie que j’ai perdu 2,3 millions de dollars en seulement six mois. Personnellement, il s’agit de la perte la plus importante que j’ai jamais subie sur un investissement. Cette perte est principalement due à la dévaluation des immeubles de bureaux et des commerces de détail aux États-Unis en raison de la hausse des taux d’intérêt. Au cours du seul premier trimestre 2023, les biens immobiliers du fonds ont été dévalués de 14 %. Mais avec un ratio d’endettement de 50 %, cela signifie une perte de 28 % au niveau du fonds.

Et ma douloureuse expérience ne fait pas exception. En fait, le fonds est en meilleure position que d’autres fonds plus fortement endettés. Fin mars, Elon Musk a averti sur Twitter que l’état du marché de la dette de l’immobilier commercial (CRE) était « de loin le problème le plus grave qui se profilait ». M. Musk avait réagi à un rapport indiquant que 2500 milliards de dollars de dettes immobilières commerciales arriveraient à échéance au cours des cinq prochaines années et que de nombreux emprunteurs pourraient manquer à leurs engagements, ce qui entraînerait de lourdes pertes pour les petites banques. En effet, ces dernières détiennent environ 70 % de l’ensemble de la dette immobilière commerciale américaine. Compte tenu de l’importance de la dette immobilière commerciale arrivant à échéance au cours des prochaines années et des taux d’intérêt plus élevés qu’ils ne l’ont été depuis des années, il est très probable que les propriétaires constateront que leurs biens ne sont pas suffisamment rentables pour payer les taux du marché sur leurs dettes refinancées.

Nous voyons maintenant les effets catastrophiques des politiques des banques centrales. Souvenons-nous : après l’éclatement de la bulle de la nouvelle économie à la fin des années 1990/début 2000, la Réserve fédérale américaine a réagi en réduisant considérablement les taux d’intérêt, qui se sont rapprochés de zéro.

Dans un article d’opinion publié dans le New York Times en 2002, le lauréat du prix Nobel Paul Krugman a fait la recommandation suivante à la Fed :

Pour lutter contre la récession, la Fed a besoin de plus qu’un retour en arrière ; elle a besoin d’une augmentation des dépenses des ménages pour compenser les investissements moribonds des entreprises. Et pour ce faire, comme l’a dit Paul McCulley de Pimco, Alan Greenspan doit créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle du Nasdaq.

Quelle stratégie « ingénieuse » de la part de l’économiste anticapitaliste ! Il conseillait à la banque centrale de poursuivre une politique de faible taux d’intérêt afin de créer une bulle immobilière pour remplacer la bulle Internet. Cette politique a créé la bulle suivante, à savoir la bulle immobilière, qui, comme on le sait, a éclaté en 2008/2009 et a conduit à la grande crise financière. Et comment la Fed a-t-elle réagi ? En abaissant encore les taux d’intérêt et en lançant les plus vastes programmes d’achat d’obligations que le monde ait jamais connus.

Il y a cinq ans, dans mon livre Le pouvoir du capitalisme, j’ai écrit sur cette crise financière et la réponse des banques centrales :

La crise financière a été causée par des taux d’intérêt excessivement bas, des interventions musclées sur les marchés et le surendettement. Devons-nous sérieusement croire que la bonne thérapie implique des taux d’intérêt encore plus bas, des interventions plus fortes sur les marchés et davantage d’endettement ? Ces mesures peuvent avoir un impact à court terme, mais les marchés deviennent de plus en plus dépendants des taux d’intérêt bas. Des taux d’intérêt aussi bas ne résolvent en rien les problèmes sous-jacents – ils ne font que supprimer les symptômes et les repousser dans l’avenir. La combinaison actuelle d’une réglementation excessive et de taux d’intérêt nuls entraînera des problèmes considérables à moyen terme pour de nombreuses banques et constitue le terreau de nouvelles crises encore plus graves.

C’est exactement ce qui s’est passé.

Les banques centrales sont tombées dans un piège : on ne peut pas faire tourner les machines à imprimer de la monnaie à plein régime sans provoquer tôt ou tard de l’inflation. L’inflation a d’abord provoqué une hausse des prix des actifs tels que l’immobilier, les obligations et les actions. Aujourd’hui, elle atteint les prix à la consommation.

Les banques centrales se sentent donc obligées d’augmenter les taux d’intérêt. Elles entraînent cependant des problèmes massifs sur les marchés des actions et de l’immobilier, car il y a des dépréciations gigantesques. Les banques centrales sont tombées dans un piège qu’elles ont elles-mêmes créé, et il n’est pas du tout évident de savoir comment elles vont s’en sortir.

Dans mon livre In Defence of Capitalism, j’ai écrit :

« Et c’est un jeu qui ne fonctionnera pas indéfiniment. Lorsqu’il cessera de fonctionner, vous pouvez être sûr que les hommes politiques et de larges pans des médias chercheront à blâmer le capitalisme et les groupes qui ont toujours été des boucs émissaires populaires, tels que les « riches », les « banquiers cupides » et les « gestionnaires à la botte ». Une crise essentiellement causée par l’intervention des gouvernements et des banques centrales est ainsi réinterprétée dans la conscience publique comme une crise du capitalisme ».

Rainer Zitelmann est l’auteur du livre In Defence of Capitalism

29 avril, 2023

Steve Forbes : L’Europe et les États-Unis sont sur la voie d’une économie planifiée

Rainer Zitelmann auteur du livre In Defense of Capitalism, a rencontré Steve Forbes, rédacteur en chef du magazine Forbes, à deux reprises à New York en avril. C’est un homme remarquable qui a une vision claire de l’économie de marché. Ils ont parlé des développements économiques et politiques actuels aux États-Unis et en Europe.

 

Rainer Zitelmann : La Heritage Foundation vient d’attribuer aux États-Unis le pire indice de liberté économique depuis la première publication de l’indice en 1995. Selon le dernier indice, pas moins de 16 pays européens sont aujourd’hui considérés comme plus libres économiquement que les États-Unis.

Forbes : Deux facteurs majeurs ont causé la diminution de la liberté économique aux États-Unis. Le premier est la montée du socialisme moderne. Plutôt que la vieille idée de la propriété publique des entreprises et des industries, les socialistes modernes parviennent à contrôler l’économie en développant l’État régulateur. Les régulateurs sont de plus en plus nombreux à vous dire ce que vous pouvez faire et ce que vous ne pouvez pas faire.

La portée de l’État régulateur a énormément augmenté au cours de ce siècle. L’administration Trump a inversé la tendance, mais ce n’était qu’un répit. M. Biden a non seulement défait ce que M. Trump avait fait, mais il a également accru la portée de l’État régulateur à des niveaux sans précédent.

Dernier exemple en date : les règles proposées concernant les véhicules électriques. Par la coercition, ils veulent détruire l’utilisation du moteur à combustion interne et faire de l’industrie automobile un pupille virtuel de l’État.

Le deuxième facteur est absolument ignoré par les décideurs politiques et les experts : la dévaluation du dollar. La monnaie est une mesure de la valeur, tout comme la balance mesure le poids, l’horloge mesure le temps et la règle mesure la longueur.

Au début des années 2000, l’administration Bush a mené une politique délibérée mais non déclarée d’affaiblissement du dollar. Les prix des matières premières ont grimpé en flèche. Il en a été de même pour les prix de l’immobilier. Le résultat a été la crise de 2008-2009 qui, bien sûr, a été imputée aux marchés libres plutôt qu’aux erreurs des États.

Ce désastre a été suivi par la suppression des taux d’intérêt par la Réserve fédérale et d’autres banques centrales, puis par l’impression d’une quantité excessive d’argent pendant la crise covid.

Les antidotes sont simples : réduire les taux d’imposition, stabiliser le dollar et déréglementer. La Cour suprême a pris – et prendra – des décisions qui contribueront à la lutte contre l’État administratif. Pour inverser le glissement de la liberté économique, les Républicains doivent gagner en 2024.

 

Rainer Zitelmann : Que doivent faire les États-Unis pour réduire leur montagne de dettes ?

Forbes : Les seuls moyens réalistes de faire face à la crise financière croissante de l’État sont de créer les conditions d’une économie en plein essor – réduction des taux d’imposition, limitation des dépenses, déréglementation et stabilité du dollar. C’est en grande partie ce que les États-Unis ont fait après la Seconde Guerre mondiale, lorsque la dette américaine en proportion du PIB est passée de plus de 120 % à environ 35 % avant que nous ne sortions de l’étalon-or au début des années 1970.

 

Rainer Zitelmann : Qu’attendez-vous d’un candidat comme Ron Desantis ? Défend-il une approche clairement orientée vers le marché ?

Forbes : Jusqu’à présent, aucun des candidats ou candidats potentiels n’a présenté un programme de croissance comme l’a fait Ronald Reagan lorsqu’il s’est présenté en 1980. La clé du programme de Reagan était une réduction générale de 30 % de l’impôt sur le revenu des personnes physiques.

Ces futurs présidents républicains doivent également préciser ce qu’ils comptent faire de la Réserve fédérale, qui ne sait rien faire. Et bien sûr, ils doivent proposer une stratégie pour faire face à un monde de plus en plus dangereux sur le plan géopolitique. Reagan l’a également fait.

 

Rainer Zitelmann : L’inflation s’est répandue dans le monde entier ces derniers temps. Certains hommes politiques et médias affirment que nous avons dépassé le pic. Selon vous, quelle est la cause de cette récente poussée inflationniste et quelle sera la suite des événements ?

Forbes : La récente hausse des prix est le résultat des graves perturbations causées par ces blocages et par les États qui sapent la valeur de leurs monnaies. Malheureusement, la Réserve fédérale et les autres banques centrales pensent qu’il faut lutter contre l’inflation en déprimant les économies et en appauvrissant les gens. Cela ressemble à ce que les médecins faisaient aux patients il y a plus de deux siècles : ils les saignaient !

 

Rainer Zitelmann : L’Union européenne a interdit l’immatriculation de nouvelles voitures à moteur à combustion à partir de 2035. Pour moi, c’est un signe que l’Europe se rapproche de plus en plus d’une économie planifiée, où ce sont les politiciens et non les entreprises et les consommateurs qui décident de ce qui est produit. Que pensez-vous de cette interdiction ? Pensez-vous que les États-Unis introduiront une législation similaire ?

Forbes : Les interdictions proposées en Europe et maintenant aux États-Unis font partie intégrante d’une économie planifiée et socialiste moderne. Ils utilisent de fausses données scientifiques et des mensonges purs et simples pour justifier cette prise de pouvoir liberticide !

 

Rainer Zitelmann : Le capitalisme étant menacé partout dans le monde, l’anticapitalisme se développe. Que pouvons-nous faire ?

Forbes : D’un point de vue pratique, il faut plaider en faveur d’une réduction des taux d’imposition et s’opposer aux idioties évidentes telles que l’interdiction des cuisinières à gaz, la réduction de la puissance des climatiseurs et l’obligation d’acheter des véhicules électriques onéreux. Les électeurs américains sentent que ce qui se passe aujourd’hui est profondément erroné, tout comme ils l’ont senti en 1980. Nous devons insister sur le fait que nos malheurs actuels sont le résultat d’erreurs et d’excès de pouvoir flagrants de la part de l’État !

24 avril, 2023

La politisation des entreprises : un problème croissant

 Par Rainer Zitelmann.

Le fondateur de Salesforce, Marc Benioff, dont la fortune est estimée par Forbes à 7,6 milliards de dollars, a écrit dans le New York Times :

« Pourtant, en tant que capitaliste, je crois qu’il est temps de dire tout haut ce que nous savons tous être vrai : le capitalisme, tel que nous le connaissons, est mort […] Le capitalisme tel qu’il a été pratiqué ces dernières décennies – avec son obsession pour la maximisation des profits pour les actionnaires – a également conduit à d’horribles inégalités. »

Ray Dalio, l’un des gestionnaires de fonds spéculatifs les plus riches des États-Unis avec une valeur nette d’environ 19 milliards de dollars, a écrit que le capitalisme est brisé, qu’« il doit être réformé pour offrir beaucoup plus d’opportunités égales et pour être plus productif ».

 

Le silence des partisans du capitalisme

Depuis des années, les médias n’hésitent pas à citer les déclarations anticapitalistes du gestionnaire de fonds spéculatif George Soros et d’autres riches Américains qui exigent des impôts plus élevés. Mais ne s’agit-il pas d’exceptions ? Probablement oui, car la pression publique contre les positions pro-capitalistes et en faveur de la gauche est si forte que même les milliardaires en sont affectés et préfèrent souvent rester silencieux. Alors que les paroles des détracteurs du capitalisme tels que Benioff, Soros et Tom Steyer peuvent être proférées bruyamment, les partisans du capitalisme s’expriment rarement en public.

Les politologues américains Benjamin Page et Martin Gilens parlent dans leur livre Democracy in America ? du « silence public de la plupart des milliardaires ».

David Koch, qui soutient financièrement les points de vue libertariens, n’a fait qu’un seul commentaire public en dix ans à propos de la politique fiscale ; son frère Charles Koch n’a fait aucun commentaire public sur ces questions.

Page et Gilens rapportent :

« Le silence public de la plupart des milliardaires contraste fortement avec la volonté d’un petit groupe inhabituel de milliardaires – dont Michael Bloomberg, Warren Buffett et Bill Gates – de s’exprimer sur des politiques publiques spécifiques […] Tous trois sont favorables à un filet de sécurité sociale substantiel, à des impôts progressifs et à une réglementation modérée de l’économie. Un Américain ordinaire qui essaierait de juger ce que les milliardaires américains pensent et font de la politique en écoutant Bloomberg, Buffett ou Gates serait gravement induit en erreur ».

 

Activisme anticapitaliste dans le secteur financier

Jusqu’à présent, j’ai considéré des déclarations telles que celles de Benioff ou Dalio citées ci-dessus, ou même du puissant fondateur de BlackRock, Larry Fink, comme des positions d’outsiders. Mais le livre très accessible The Dictatorship of Woke Capital : How Political Correctness Captured Big Business de Stephen R. Soukup m’a fait réfléchir. Aux États-Unis, les « activistes » ne se limitent plus à dénoncer la liberté d’expression dans les universités, mais ont depuis longtemps fait leur entrée dans le secteur financier. Stephen R. Soukup montre dans son livre que lors des assemblées générales des entreprises l’activisme politique vient presque toujours de la gauche – le nombre de ceux qui s’y opposent activement se compte sur les doigts d’une main.

Et la politisation des entreprises devient un problème de plus en plus important. Même un homme comme Warren Buffett, lui-même modérément de gauche, a déjà mis en garde contre la politisation des entreprises et de l’industrie financière en 2019.

Il a déclaré lors d’un entretien avec le Times :

« Les entreprises ont eu tort d’imposer à la société leur façon de faire le bien. Qu’est-ce qui leur a permis de penser qu’elles savaient mieux que les autres ? »

Il a ajouté :

« Il s’agit de l’argent des actionnaires. De nombreux dirigeants d’entreprise déplorent l’affectation par le gouvernement de l’argent du contribuable, mais approuvent avec enthousiasme leur propre affectation de l’argent des actionnaires ».

La RSE, abréviation de Environmental, Social and Governance (environnement, social et gouvernance), est depuis longtemps plus qu’un simple mot à la mode. C’est devenu un slogan utilisé par les activistes mais aussi par les gestionnaires de fonds et les dirigeants d’entreprise pour faire passer certaines idées de « durabilité », de « diversité », etc. Ces expressions sont inventées par des idéologues de gauche qui sentent le « racisme » ou le « sexisme » partout et de nombreuses entreprises ont maintenant capitulé.

Il est probable que les dirigeants se sont d’abord adaptés à l’extérieur, puis à l’intérieur – en psychologie, on parle de « dissonance cognitive » : les gens subissent un stress psychologique lorsque ce qu’ils disent n’est pas conforme à ce qu’ils pensent. Ils adoptent d’abord des slogans gauchistes par opportunisme et par commodité, puis ils adaptent leur pensée à leur discours.

 

L’année dernière, j’étais à Miami pour assister à une conférence de Students for Liberty.

Le PDG, Wolff von Laer, a interviewé John Mackey, fondateur de Whole Foods, l’un des entrepreneurs les plus intelligents et les plus courageux des États-Unis. Von Laer a loué Mackey pour son engagement public clair en faveur du capitalisme – il a même écrit un livre défendant le capitalisme. Cependant, Mackey a expliqué qu’à l’époque ses déclarations politiques avaient abouti à des appels massifs au boycott et avaient exposé son entreprise à un grave danger.

Il a ajouté qu’il ne recommencerait pas. Des milliardaires comme Jeff Bezos et Tim Cook, PDG d’Apple, qui ont fait don de plusieurs millions à des « organisations de justice sociale » comme Black Lives Matter (souvent avec l’argent de leurs actionnaires), ne sont pas confrontés à ces problèmes dans la même mesure. De nombreux managers et entrepreneurs espèrent « s’en sortir » ou être épargnés par les campagnes « activistes » de gauche en donnant des millions à des organisations de gauche, en critiquant publiquement le capitalisme ou en se prononçant en faveur d’une augmentation des impôts sur les riches.

Rainer Zitelmann est l’auteur du livre In Defence of Capitalism

01 avril, 2023

La crise bancaire n’est pas une crise du capitalisme

 Par Rainer Zitelmann.

Il est impossible de comprendre les turbulences actuelles sur les marchés financiers et les problèmes auxquels sont confrontées de nombreuses banques sans revenir sur la crise financière de 2008 et les méthodes utilisées pour la « combattre ». C’est en effet à ce moment-là qu’ont été jetées les bases des dernières turbulences.

Comme le veut la légende, la crise financière de 2008 a été provoquée par une déréglementation radicale. En fait, sur les 28 mesures différentes introduites pour réglementer ou déréglementer l’industrie financière au cours des années 1980 à 2009, c’est-à-dire au cours des années où l’industrie financière américaine était censée déréglementée sans retenue, seules cinq ont réellement réduit la réglementation – les 23 autres ont créé des réglementations supplémentaires.

En fait, les marchés financiers n’avaient rien d’un capitalisme de laissez-faire. Juste avant la crise financière, 12 190 personnes travaillaient à plein temps à la réglementation du marché financier rien qu’à Washington, D.C., soit cinq fois plus qu’en 1960. En outre, les dépenses annuelles des États-Unis pour les agences fédérales chargées de réglementer le marché financier sont passées de 725 millions de dollars à 2,3 milliards de dollars corrigés de l’inflation depuis les années 1980, date à laquelle la phase de laissez-faire aurait commencé.

Même les économistes britanniques Paul Collier et John Kay, qui ont affirmé à tort que le « fondamentalisme du marché » avait fini par dominer la politique économique des sociétés occidentales au cours des dernières décennies, sont obligés de reconnaître :

« Ceux qui imputent la crise financière à la déréglementation ne reconnaissent pas qu’il y a aujourd’hui, et qu’il y avait en 2008, beaucoup plus de réglementation financière que jamais auparavant : l’État a été de plus en plus actif mais de moins en moins efficace ».

 

La crise de 2008, davantage de réglementation

L’espace manque ici pour entrer dans les détails de la dernière crise financière mais, comme je l’ai montré dans mes livres The Power of Capitalism et In Defence of Capitalism, c’est l’inverse qui s’est produit : la crise a été le résultat d’un excès de réglementation étatique et des politiques insensées des banques centrales.

Et je prédisais déjà à l’époque que les mesures prises par les politiciens et les banques centrales pour lutter contre la crise de 2008 provoqueraient des crises encore plus graves à l’avenir.

En 2019, dans mon livre Le pouvoir du capitalisme, j’ai mis en garde :

Un diagnostic erroné des causes de la crise financière signifie que les thérapies proposées sont également erronées. La crise financière a été causée par des taux d’intérêt excessivement bas, des interventions de marché musclées et le surendettement. Devons-nous sérieusement croire que la bonne thérapie implique des taux d’intérêt encore plus bas, des interventions plus fortes sur le marché et un endettement plus important ? Ces mesures peuvent avoir un impact à court terme mais les marchés deviennent de plus en plus dépendants des taux d’intérêt bas. Des taux d’intérêt aussi bas ne résolvent en rien les problèmes sous-jacents – ils ne font que supprimer les symptômes et les repousser dans l’avenir. La combinaison actuelle d’une réglementation excessive et de taux d’intérêt nuls entraînera des problèmes considérables à moyen terme pour de nombreuses banques et constitue le terreau de nouvelles crises encore plus graves…

Je crains donc que nous soyons un jour confrontés à une nouvelle crise financière. Et même celle-ci ne servira probablement pas de signal d’alarme pour nous faire évoluer vers une véritable économie de marché. C’est plutôt le contraire qui se produira : les politiciens et les médias citeront une telle crise comme preuve des échecs inhérents au système capitaliste et concluront une fois de plus, comme ils l’ont fait tant de fois auparavant, que l’État doit intervenir encore plus intensément dans l’économie. À mon avis, ces interventions sont les plus grandes menaces qui pèsent sur le capitalisme ».

Le secteur financier est moins basé sur l’économie de marché et plus fortement réglementé que tout autre secteur, à l’exception peut-être des soins de santé. Le fait que les deux secteurs les plus strictement réglementés de l’économie soient les plus instables devrait faire réfléchir les anticapitalistes.

Les politiques des banques centrales ont à la fois causé et exacerbé les problèmes. L’argent gratuit a eu pour conséquence – comme je l’avais prédit – que les entreprises, les gouvernements, les investisseurs et les ménages privés sont aujourd’hui endettés à hauteur de 280 000 milliards d’euros, soit environ deux fois plus qu’avant la crise financière de 2008 !

La Fed et les autres banques centrales sont prises au piège : leurs politiques d’argent bon marché/gratuit et d’achat d’obligations ont finalement déclenché l’inflation, d’abord des prix des actifs (immobilier, actions, etc.), puis des prix à la consommation. Pour lutter contre l’inflation, ils sont contraints d’augmenter les taux d’intérêt. Et dès qu’ils le font, ils déclenchent la prochaine crise bancaire.

C’est un cercle vicieux que l’économiste Ludwig von Mises a qualifié de « spirale d’intervention ». L’aspect le plus perfide de tout cela est que les problèmes découlant d’une violation totale des principes du capitalisme finissent par être imputés au capitalisme. C’est comme si le voleur criait : « Arrête, voleur ». Comme on pouvait s’y attendre, il est probable qu’afin de détourner l’attention de leurs propres échecs, les hommes politiques désigneront une fois de plus les « banquiers cupides » comme les coupables, ce qui est à peu près une aussi bonne explication que de rendre la gravité responsable d’un accident d’avion.

Rainer Zitelmann est l’auteur du livre récemment publié In Defence of Capitalism

28 mars, 2023

Les riches sont-ils malhonnêtes ?

 Par Rainer Zitelmann.

Pensez-vous que les riches sont honnêtes ? Si vous répondez non, vous êtes loin d’être le seul.

J’ai demandé au célèbre institut Ipsos MORI de mener une enquête sur l’image des riches dans différents pays.

À la question « Quels traits de personnalité attribuez-vous aux riches », les personnes interrogées avaient le choix entre sept traits de personnalité positifs et sept négatifs : intelligent, égocentrique, industrieux, cupide, honnête, matérialiste, arrogant, imaginatif, optimiste, impitoyable, superficiel, audacieux, froid et visionnaire. Dans tous les pays étudiés, la caractéristique la moins souvent associée aux personnes riches est « honnête ».

À la question « Connaissez-vous personnellement un ou plusieurs millionnaires », les personnes ayant répondu par l’affirmative ont eu la même liste de traits de personnalité et ont été invitées à indiquer ceux qu’elles attribueraient au millionnaire qu’elles connaissent le mieux.

L’écart est manifeste dans tous les pays.

En Allemagne, par exemple, seuls 3 % des personnes interrogées ont déclaré que les riches en général étaient « honnêtes ». Si l’on demande aux personnes qui connaissent personnellement un ou plusieurs millionnaires si le millionnaire qu’elles connaissent le mieux est honnête, ce chiffre monte à 42 %. Une tendance similaire est apparue dans d’autres pays, comme le montre ce graphique :

Sources: Zitelmann, Allensbach Institute/Ipsos MORI 

 

Les croyances à somme nulle

Pourquoi tant de gens croient-ils que les riches sont malhonnêtes ? C’est à cause des « croyances à somme nulle ». Il s’agit de l’opinion selon laquelle les riches ne sont riches que parce qu’ils ont pris quelque chose aux pauvres.

Bertolt Brecht a exprimé cette attitude de manière concise dans son poème Alfabet de 1934, dans lequel deux hommes – l’un riche, l’autre pauvre – se trouvent face à face. Le pauvre dit avec un tressaillement : « Si je n’étais pas pauvre, tu ne serais pas riche ».

Je soupçonne qu’une majorité de détenus sont des adeptes des croyances à somme nulle. Ils pensent qu’ils ne peuvent s’enrichir qu’en braquant une banque, en s’introduisant chez quelqu’un ou en trompant quelqu’un. Mais de nombreux intellectuels imaginent également la vie économique comme un jeu à somme nulle. En conséquence, les pays riches devraient donner une partie de leurs richesses aux pays pauvres et les riches devraient aider les pauvres.

De ce point de vue, c’est uniquement parce que les riches sont si égoïstes et mesquins que tant de gens sont encore pauvres.

En effet, dans les sociétés antérieures, la richesse était souvent basée sur le vol et un petit nombre de personnes s’enrichissaient aux dépens des autres. Le système de marché, quant à lui, fonctionne tout à fait différemment. Il est basé sur l’enrichissement en satisfaisant les besoins du plus grand nombre de consommateurs possible. C’est la logique du marché.

Le nombre de milliardaires a été multiplié par six au cours des 25 dernières années tandis que le nombre de pauvres dans le monde a diminué plus rapidement que jamais dans l’histoire de l’humanité. La raison de ces deux évolutions est la même : l’expansion du capitalisme et la croissance économique qu’il engendre.

Si vous jetez un coup d’œil à la liste des personnes les plus riches du monde, vous verrez qu’aucune d’entre elles n’est devenue riche en prenant quelque chose aux autres, mais parce que, en tant qu’entrepreneurs, elles ont apporté une contribution énorme et bénéfique à la société dans son ensemble.

Bien sûr, l’histoire a connu son lot de riches menteurs et fraudeurs. Bernhard « Bernie » Madoff a réussi à voler plus de 60 milliards de dollars à des investisseurs et a été condamné à 150 ans de prison pour ses crimes. La liste des personnes qui se sont enrichies en trichant et en profitant des autres est longue. Mais croyez-vous vraiment qu’il y a davantage de criminels dans les gated communities que dans les hotspots ? Il existe des personnes honnêtes et malhonnêtes dans toutes les classes sociales et tous les niveaux de revenus.

La plupart des personnes riches le sont devenues grâce à de grandes idées entrepreneuriales. L’entreprise WhatsApp a été fondée en 2009 à Santa Clara, en Californie, par Jan Koum et Brian Acton. Les deux fondateurs, qui ont ensuite vendu WhatsApp à Facebook, ont une fortune combinée d’environ 18 milliards de dollars. Leur création permet à deux milliards de personnes dans le monde non seulement d’écrire des SMS gratuits mais aussi de passer des appels téléphoniques gratuits.

Jan Koum et Brian Acton ne sont pas devenus riches parce qu’ils ont pris aux autres mais parce qu’ils ont proposé quelque chose. Il en va de même pour des entrepreneurs tels que Bill Gates (Microsoft), Larry Ellison (Oracle), Jeff Larry Page et Sergey Brin (Google) et des centaines de milliers d’autres entrepreneurs qui sont devenus riches grâce à de bonnes idées – et non par malhonnêteté ou parce qu’ils ont spolié les pauvres.

Une dernière chose : toute personne qui s’accroche à des croyances de somme nulle ou qui est convaincue qu’elle ne peut devenir riche qu’en mentant et en trichant deviendra un criminel (si elle est malhonnête) ou bloquera sa propre réussite financière (si elle est honnête).

 

Rainer Zitelmann est l’auteur du livre In Defense of Capitalism (En défense du capitalisme).

04 mars, 2023

Les pays n’ont pas prospéré grâce aux impôts élevés sur les riches

 Par Rainer Zitelmann.

Les partisans de l’augmentation des impôts font valoir que le taux d’imposition maximal aux États-Unis et dans d’autres pays était beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui (en 1961 aux États-Unis il était de 91 % !) et que l’économie s’en portait pourtant bien.

Quelle est la part de vérité dans cet argument ?

Les politiciens de gauche qui réclament des impôts plus élevés pour les riches font valoir que dans le passé, les États-Unis et d’autres pays ont prospéré lorsque les taux d’imposition étaient très élevés, ce qui prouve que les impôts élevés ne nuisent pas à l’économie. Et c’est vrai : dans les années 1950 et au début des années 1960, le taux maximal de l’impôt fédéral sur le revenu des personnes physiques aux États-Unis atteignait le chiffre effroyable de 91 %, avant d’être ramené à 70 %. Sous Ronald Reagan, il a ensuite été successivement réduit à 28 % en 1988 (avant d’être relevé à plusieurs reprises, puis à nouveau abaissé sous Trump).

Cependant, comme le montrent Phil Gramm, Robert Ekelund et John Early dans leur livre The Myth of American Inequality :

« L’impôt sur le revenu le plus élevé en 1962 était de 91 %. Après déductions et crédits, seuls 447 déclarants sur 71 millions payaient des impôts au taux le plus élevé. Le 1 % de personnes gagnant le plus d’argent payaient en moyenne 16,1 % de leurs revenus en impôts fédéraux et en charges sociales, tandis que les 10 % les plus riches payaient 14,4 % et les 50 % les plus pauvres 7 %. »

Même lorsque le taux d’imposition maximal a été ramené à 70 %, les choses n’ont pas beaucoup changé.

Seuls 3626 des 75 millions de contribuables ont effectivement payé des impôts à hauteur de 70 %. Il est intéressant de noter que le pourcentage réel payé par les 1 % de ménages gagnant le plus aux États-Unis n’était que de 16,1 % en 1962 lorsque le taux marginal supérieur était de 91 %. Toutefois, en 1988, alors que le taux maximal n’était que de 28 %, le pourcentage payé par le 1 % de personnes gagnant le plus était passé à 21,5 % ! Alors que le taux d’imposition maximal a diminué de deux tiers, le pourcentage de leur revenu que le 1 % de déclarants les plus riches ont payé en impôts fédéraux sur le revenu et en charges sociales a augmenté d’un tiers.

Cela semble paradoxal mais c’est logique : ce n’est pas seulement le taux d’imposition qui est déterminant mais le montant du revenu qui est effectivement imposable. Dans l’ère pré-Reagan, il existait de nombreuses exemptions, failles et dispositifs d’économie d’impôt que les hauts revenus pouvaient utiliser pour réduire leur revenu imposable. Reagan a supprimé un grand nombre de ces possibilités, augmentant ainsi la proportion des revenus soumis à l’impôt.

Les réductions d’impôts de l’ère Reagan ont stimulé les taux de croissance économique.

Pendant les années Reagan, la croissance économique a été en moyenne de 3,2 % par an contre 2,8 % pendant les années Carter-Ford et 2,1 % pendant les années Bush-Clinton. Le taux de croissance des années Reagan inclut la récession du début des années 1980, un effet secondaire du renversement de la politique de forte inflation de Carter. De 1983 à 1989, le PIB a augmenté de 3,8 % par an et à la fin du second mandat de Reagan, l’économie américaine était presque un tiers plus importante que lors de son entrée en fonction. Cette croissance était une conséquence directe des politiques de déréglementation et de réforme fiscale de Reagan, conjuguées à la chute des prix du pétrole. Le taux de croissance des années 1980 était plus élevé que celui des années 1950 et 1970, bien que sensiblement inférieur au taux de croissance de 5 % qui avait suivi la réduction de 30 % des taux d’imposition décidée par John F. Kennedy en 1964.

Cette croissance, ainsi que l’élimination de nombreuses déductions et exemptions, ont entraîné une forte augmentation des recettes fiscales. Ce que Reagan avait prédit s’est réalisé :

Lors d’une conférence de presse en octobre 1981, il cita le philosophe musulman du XIVe siècle Ibn Khaldūn qui annonçait la théorie de la courbe de Laffer, comme on appelle cet effet dans le jargon économique :

« Au début de la dynastie, de grandes recettes fiscales étaient obtenues à partir de petites évaluations. À la fin de la dynastie, de petites recettes fiscales ont été obtenues à partir de grosses cotisations. »

Reagan a ajouté : « Et nous essayons de revenir aux petites cotisations et aux grandes recettes. »

Dans d’autres pays aussi, les taux d’imposition supérieurs étaient autrefois plus élevés.

En Allemagne, le taux d’imposition marginal était de 56 % jusqu’en 1989. Mais ici aussi, presque personne ne payait réellement le taux d’imposition maximal à l’époque. Dans les années 1970, 1980 et 1990, de nombreuses personnes fortunées ont eu recours à des dispositifs d’économie d’impôt, tels que les fonds immobiliers fermés, les fonds d’investissement dans le secteur maritime, les fonds de médias, etc.

Je me souviens encore d’un séminaire sur la fiscalité au cours duquel un conseiller fiscal avait déclaré : « La base d’évaluation de votre taux d’imposition est votre stupidité personnelle », ce par quoi il voulait dire que chacun était libre de réduire sa charge fiscale à volonté grâce à des systèmes d’imputation des pertes. Lorsque le taux d’imposition maximal a été abaissé en Allemagne, presque tous les dispositifs d’économie d’impôt ont été supprimés – tout comme aux États-Unis – de sorte qu’aujourd’hui, en Allemagne, les hauts revenus paient souvent plus d’impôts, et non moins, malgré des taux d’imposition marginaux plus bas.

Le mythe selon lequel des pays comme les États-Unis et l’Allemagne ont connu une forte croissance économique lorsque le taux marginal supérieur d’imposition était élevé est donc faux. En fait, le taux marginal d’imposition le plus élevé n’était que nominalement élevé en raison du grand nombre d’exemptions, de lacunes et de déductions.

 

Rainer Zitelmann est historien et sociologue et auteur du nouveau livre In Defence of Capitalism.

05 février, 2023

L’erreur des politiques écologistes anticapitalistes

 Par Rainer Zitelmann.

L’économie planifiée connaît un nouveau regain d’intérêt. Les défenseurs de la protection du climat et les anticapitalistes exigent que le capitalisme soit aboli et remplacé par une économie planifiée. Sinon, disent-ils, l’humanité n’a aucune chance de survie.

En Allemagne, un livre intitulé Das Ende des Kapitalismus (La fin du capitalisme) est un best-seller et son auteur, Ulrike Hermann, est devenue une invitée régulière de tous les talk-shows. Elle promeut ouvertement une économie planifiée, bien que celle-ci ait déjà échoué une fois en Allemagne – comme partout ailleurs où elle a été tentée. Contrairement au socialisme classique, dans une économie planifiée, les entreprises ne sont pas nationalisées, elles peuvent rester dans le secteur privé mais c’est l’État qui détermine précisément ce qui doit être produit et en quelle quantité.

Il n’y aurait plus de vols ni de véhicules à moteur privés. L’État déterminerait presque tous les aspects de la vie quotidienne – par exemple, il n’y aurait plus de maisons individuelles et personne n’aurait le droit de posséder une résidence secondaire. Les nouvelles constructions seraient interdites car elles sont nuisibles à l’environnement. Au lieu de cela, les terrains existants seraient répartis « équitablement », l’État décidant de l’espace approprié pour chaque individu. Et la consommation de viande ne serait autorisée qu’à titre exceptionnel car sa production est nuisible au climat.

D’une manière générale, les gens ne devraient pas manger autant : selon M. Herrmann 2500 calories quotidiennes suffisent. Elle propose un apport quotidien de 500 grammes de fruits et légumes, 232 grammes de céréales complètes ou de riz, 13 grammes d’œufs et 7 grammes de viande de porc.

Cette critique du capitalisme se veut rassurante : « À première vue, ce menu peut sembler un peu maigre, mais les Allemands seraient en bien meilleure santé s’ils changeaient leurs habitudes alimentaires ». Et puisque les individus seraient égaux, ils seraient aussi heureux : « Le rationnement semble désagréable. Mais peut-être la vie serait-elle même plus agréable qu’aujourd’hui car la justice rend les gens heureux. »

Recycler de vieilles idées

De telles idées ne sont en aucun cas nouvelles.

Naomi Klein, la célèbre critique canadienne du capitalisme et de la mondialisation, admet qu’elle n’avait initialement aucun intérêt particulier pour le changement climatique.

Puis, en 2014, elle a écrit un lourd tome de 500 pages intitulé This Changes Everything : Capitalism vs. the Climate. Pourquoi s’est-elle soudainement intéressée à ce sujet ? Eh bien, avant d’écrire ce livre, le principal intérêt de Klein était la lutte contre le libre-échange et la mondialisation.

Elle le dit ouvertement :

« J’ai été propulsée vers un engagement plus profond à son égard en partie parce que j’ai réalisé qu’il pouvait être un catalyseur pour des formes de justice sociale et économique auxquelles je croyais déjà. » Elle appelle à une « économie soigneusement planifiée » et à des directives gouvernementales sur « la fréquence de nos déplacements en voiture, en avion, sur la nécessité de faire venir notre nourriture par avion, sur la durabilité des biens que nous achetons… sur la taille de nos maisons ».

Elle fait également sienne une suggestion selon laquelle les 20 % les plus aisés de la population devraient accepter les coupes les plus importantes afin de créer une société plus juste.

Ces citations – auxquelles on pourrait ajouter de nombreuses autres déclarations de ce type dans le livre de Klein – confirment que l’objectif le plus important d’anticapitalistes comme Herrmann et Klein n’est pas d’améliorer l’environnement ou de trouver des solutions au changement climatique. Leur véritable objectif est d’éliminer le capitalisme et d’établir une économie planifiée gérée par l’État. En réalité, cela impliquerait l’abolition de la propriété privée, même si techniquement, les droits de propriété continuent d’exister. Car tout ce qui resterait, c’est le titre légal formel de propriété. L' »entrepreneur » serait toujours propriétaire de son usine mais ce qu’il produit et sa quantité seraient décidés par l’État seul. Il deviendrait un gestionnaire salarié de l’État.

S’inspirer des khmers rouges

La plus grande erreur des partisans de l’économie planifiée a toujours été de croire en l’illusion qu’un ordre économique pouvait être planifié sur le papier ; qu’un auteur pouvait s’asseoir à un bureau et imaginer l’ordre économique idéal. Tout ce qu’il resterait à faire serait de convaincre suffisamment de politiciens pour mettre en œuvre cet ordre économique dans le monde réel. Cela peut sembler cruel, mais les Khmers rouges au Cambodge pensaient aussi de cette façon.

L’expérience socialiste la plus radicale de l’histoire, qui s’est déroulée au Cambodge entre le milieu et la fin des années 1970, a été conçue à l’origine dans les universités de Paris. Cette expérience, que le dirigeant khmer rouge Pol Pot (également appelé « Frère 1 ») a baptisé le « Super Grand Bond en avant », en l’honneur du Grand Bond en avant de Mao, est très révélatrice car elle offre une démonstration extrême de la croyance qu’une société peut être construite artificiellement sur la planche à dessin.

Aujourd’hui, on prétend souvent que Pol Pot et ses camarades voulaient mettre en œuvre une forme puritaine de « communisme primitif », et leur règne est dépeint comme une manifestation d’irrationalité débridée. En fait, cela ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Les cerveaux et les dirigeants des khmers rouges étaient des intellectuels issus de familles honnêtes, qui avaient étudié à Paris et étaient membres du Parti communiste français. Deux des cerveaux, Khieu Samphan et Hu Nim, avaient écrit des thèses marxistes et maoïstes à Paris. En fait, l’élite intellectuelle qui avait étudié à Paris occupait presque tous les postes de direction du gouvernement après la prise du pouvoir.

Ils avaient élaboré un plan quadriennal détaillé qui répertoriait tous les produits dont le pays aurait besoin dans les moindres détails (aiguilles, ciseaux, briquets, tasses, peignes, etc.). Le niveau de spécificité était très inhabituel, même pour une économie planifiée. Par exemple, on pouvait lire : « Manger et boire sont collectivisés. Le dessert est également préparé collectivement. En bref, élever le niveau de vie de la population dans notre propre pays signifie le faire collectivement. En 1977, il y a deux desserts par semaine. En 1978, il y a un dessert tous les deux jours. Puis en 1979, il y a un dessert par jour, et ainsi de suite. Ainsi, les gens vivent collectivement en ayant suffisamment à manger ; ils sont nourris par des collations. Ils sont heureux de vivre dans ce système. »

Le parti, écrit le sociologue Daniel Bultmann dans son analyse, « a planifié la vie de la population comme sur une planche à dessin, en l’inscrivant dans des espaces et des besoins prédéterminés. » Partout, de gigantesques systèmes d’irrigation et des champs devaient être construits selon un modèle uniforme et rectiligne. Toutes les régions étaient soumises aux mêmes objectifs car le Parti pensait que des conditions standardisées dans des champs de taille identique produiraient également des rendements standardisés. Avec le nouveau système d’irrigation et les rizières en damier, la nature devait être mise au service de la réalité utopique d’un ordre entièrement collectiviste qui éliminait les inégalités dès le premier jour.

Pourtant, la disposition des barrages d’irrigation en carrés égaux avec des champs également carrés en leur centre a entraîné de fréquentes inondations car le système ignorait totalement les flux d’eau naturels et 80 % des systèmes d’irrigation n’ont pas fonctionné – de la même manière que les petits hauts fourneaux n’ont pas fonctionné lors du Grand Bond en avant de Mao.

Faire confiance à l’ordre spontané

Tout au long de l’histoire, le capitalisme a évolué tout comme les langues ont évolué.

Les langues n’ont pas été inventées, construites et conçues mais sont le résultat de processus spontanés incontrôlés. Bien que la bien nommée « langue planifiée » esperanto ait été inventée dès 1887, elle n’a absolument pas réussi à s’imposer comme la langue étrangère la plus parlée au monde, comme ses inventeurs l’avaient prévu.

Le socialisme a beaucoup de points communs avec une langue planifiée, un système conçu par des intellectuels. Ses adeptes s’efforcent d’obtenir le pouvoir politique afin d’appliquer le système qu’ils ont choisi. Aucun de ces systèmes n’a jamais fonctionné nulle part – mais cela n’empêche apparemment pas les intellectuels de croire qu’ils ont trouvé la pierre philosophale et qu’ils ont enfin conçu le système économique parfait dans leur tour d’ivoire. Il est inutile de discuter en détail d’idées comme celles d’Herrmann ou de Klein, car toute l’approche constructiviste, c’est-à-dire l’idée qu’un auteur peut « rêver » un système économique dans sa tête ou sur papier, est fausse.

 

L’historien et sociologue Rainer Zitelmann est l’auteur du livre In defence of capitalism, qui est publié dans 30 langues.