Chaque Québécois doit plus de 34 000 $ au provincial seulement

Vaut mieux en rire!

Avant de couper des centaines de millions dans les services, est-ce qu’on peut avoir les services ? - Michel Beaudry
Aucun message portant le libellé François Jolain. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé François Jolain. Afficher tous les messages

28 octobre, 2022

L’intérêt de la voiture électrique sans écologie ni pessimisme

 Par François Jolain.

La première critique sur la voiture électrique vient de la dépendance des batteries avec la Chine et les terres rares. Nous verrons plus loin que l’utilisation des terres rares se réduit grâce aux industriels. Quant à la Chine, nous sommes déjà dépendants d’elle pour une grande partie de nos produits, notamment l’électronique, et cela ne semble gêner personne…

Mais cette critique semble comme oublier la situation actuelle.

Nous sommes dépendants au jour le jour d’un carburant que nous ne produisons pas. Si une pénurie a lieu sur l’essence, la France s’arrête de tourner en seulement quelques jours (cf les grèves). Si plus une seule batterie arrive en France, cela impacte la production, mais tout le parc continue de rouler. Les inconvénients n’apparaîtront qu’au bout de plusieurs mois, voire années.

De plus, la France ne produira jamais de pétrole et une voiture à essence ne tournera jamais à autre chose qu’au pétrole. Nous n’avons aucune chance d’être un jour indépendants avec une voiture à essence.

Alors que rien n’interdit à la France de produire les batteries, voire des batteries sans terres rares. Nous avons davantage de chance d’être indépendants aussi bien à la conception qu’à la consommation avec une voiture électrique.

Flexibilité de la consommation du parc

Un moteur à explosion est une cathédrale technologique qui ne tolère aucune flexibilité. Le simple fait de changer de combustible comme passer du diesel au plomb, le rend inutilisable.

On ne parle pas de changer le pétrole par du gaz ou du charbon, juste de passer d’un dérivé du pétrole à l’autre. Le fioul, le diesel, l’essence ou le kérosène ne sont pas interchangeables dans les moteurs. En termes d’innovation, on se retrouve coincés avec un parc impossible à améliorer sans tout changer.

Un parc de voitures électriques ne consomme que de l’électricité. Or celle-ci peut provenir de plusieurs sources d’énergies comme le solaire, le nucléaire ou le gaz.

Le parc automobile peut être rechargé avec des centrales au charbon et passer au nucléaire sans changer une seule voiture. Imaginez par exemple un parc tournant avec des centrales à gaz : on peut augmenter l’efficacité du parc en passant des centrales classiques (30 % d’efficacité) aux centrales à cycle combiné (+60 % d’efficacité) sans changer une seule voiture.

En plus de gagner en indépendance sur le consommable de la voiture électrique, nous pouvons répartir ces consommables entre de nombreuses sources d’énergie pour éviter toute pénurie et sécuriser le parc très facilement.

Le casse-tête du tout pétrole et de sa soumission est réduit avec la voiture électrique. Néanmoins, il reste le problème de l’autonomie et de la disponibilité des bornes de recharge.

 

La réponse du marché

Les problématiques des bornes et des batteries sont des problématiques minimes qui montrent surtout le pessimisme ambiant.

Les batteries

Sur l’ensemble de la voiture électrique, son seul frein technologique est l’autonomie. C’est un blocage léger puisque les batteries actuelles permettent déjà 400 km d’autonomie. Il faut donc augmenter les capacités d’un facteur 3.

Tout cela est minime. Le siècle dernier, nous avons dompté l’énergie nucléaire, envoyé des hommes sur la lune, créé des collisionneurs de particules, maillé le monde entier à internet. Mais concevoir une batterie de voiture trois fois plus performante serait impossible ?

Pendant que la société reste morose, des industriels et scientifiques avancent.

Tesla vient de sortir sa batterie sans cobalt. GMG commence la fabrication de batterie au graphène. Toyota sort sa première voiture Mirai à l’hydrogène.

Les bornes

Encore une fois, la France ne produit pas une goutte de pétrole, mais nous avons des stations essence tous les 10 km. Pourtant, alors qu’on produit notre électricité et que nous avons déjà un réseau électrique, il serait impossible d’installer des bornes de recharge ?

Heureusement, le pessimisme ne contamine pas tout le monde. Tesla continue de mailler le territoire de ses bornes. La Suisse a déjà maillé le sien.

Il est affolant de voir le pessimisme actuel. Les voitures électriques paraissent un mur technologique, alors que ce n’est qu’une marche, marche minime que le marché a pris soin de faciliter avec une gamme de produits complète.

Une offre disponible pour chacun

Il existe déjà les voitures tout essence qui ont réduit leur consommation. Mercedes a justement voulu ajouter depuis 2008 un moteur électrique pour aider à gagner en efficacité sur le moteur à essence.

Toyota propose depuis 20 ans des hybrides pour alterner conduite à essence et électrique, le tout sans se soucier du rechargement électrique.

Puis sont arrivées les hybrides rechargeables comme les Ioniq de Hyundai. On se retrouve avec deux voitures en une seule capable de fonctionner et de se recharger aussi bien à l’essence qu’à électrique.

On peut rappeler le produit BMW i3. Il s’agissait d’une voiture électrique avec un petit moteur à essence de secours pour générer de l’électricité en cas de manque de borne…

Et enfin les voitures uniquement électriques comme celles de Tesla ou de Renault.

Les entreprises sont activement en train de lever les blocages technologiques. Et en attendant, le marché propose une vaste gamme entre 100 % essence et 100 % électrique.

 

Conclusion

La voiture électrique constitue une nette amélioration par rapport aux voitures à essence. Elle est un vecteur d’émancipation de l’Europe à la soumission du pétrole. Le marché apporte déjà des réponses aux problèmes des batteries et des bornes. Il propose aussi une vaste gamme pour une transition en douceur.

Sauf que ni l’État ni les écolos ne font dans la douceur. Ils imposent leur calendrier avec la fin des voitures à essence en 2035, alors que ni les consommateurs ni les industriels ne sont encore prêts.

Armés de leur marteau idéologique, ils ne voient dans la voiture qu’un clou à enfoncer, l’égérie des libertés individuelles égoistes et polluantes à abattre. Dommage, l’État stratège pourrait avoir une vision industrielle capable de redynamiser la France.

27 mai, 2022

En route vers l’hyperinflation allemande de 1923

 Par François Jolain.

Article disponible en podcast ici.

Pénurie de blé, de pétrole, de gaz, de métaux ou d’huile, etc. Le tout avec une inflation de 5 % et une belle croissance de 0 %. Notre situation ressemble à l’Allemagne de 1920 avant l’hyperinflation…

L’Allemagne de 1920

Durant la Grande guerre, le gouvernement allemand a massivement émis de la monnaie pour financer sa guerre, soit par l’émission d’obligations, soit par la création du mark-papier à la place du mark-or, mettant fin à l’étalon-or.

Une fois sorti des poches de l’État, tout cet afflux de liquidités est allé directement dormir sur les comptes des Allemands. La guerre est plus propice à l’épargne qu’aux dépenses des ménages. Ainsi l’inflation restait faible durant la guerre.

Ce n’est que 8 ans après la fin du conflit que cette fausse monnaie imprimée durant la guerre inonda l’économie allemande. Le réveil de l’argent dormant a provoqué une forte pression sur la demande qui entraîna l’hyperinflation.

Il faut aussi souligner qu’après 4 ans de guerre et d’importants tributs à payer aux vainqueurs pour réparation, l’économie allemande restait atone, incapable de suivre la demande avec davantage d’offres.

Nous avons donc d’un côté une demande à la hausse soutenue par le réveil d’épargnes dormantes ; et en face une offre limitée due à une longue récession de l’économie et un sous-investissement des moyens de production.

Cela a conduit à une hyperinflation. Le mark-papier à parité avec le mark-or en 1914 a fini à 1 000 000 000 000 en 1923.

Or notre situation actuelle est similaire à l’Allemagne d’après guerre, mais sans la guerre…

Un sabotage de l’économie actuelle

Cela fait 10 ans que la BCE et la FED inondent l’économie de faux argent, par l’émission d’obligation à taux 0 %, ou par le quantitative easing.

Pourtant comme avec l’Allemagne, cette inondation de liquidité a été absorbée par l’épargne, limitant l’inflation ces dernières années. Même les généreux chèques donnés par Trump et Biden pour stimuler la consommation ont fini épargnés (actions, bitcoin, assurance, etc.).

Aussi la reprise économique post-covid a été l’étincelle qui a mis le feu à l’inflation. D’un coup les énormes capitaux dormants inondent le marché et créent une pression sur la demande.

En soi une économie saine peut y répondre en augmentant l’offre. Mais notre économie a été sabotée par deux idéologies.

Idéologie écologique

Les bureaucrates nous chantent des lendemains sans pétrole dans lesquels la puissance d’une centrale nucléaire sera remplacée par un panneau solaire. Et au final on se retrouve à importer du gaz de schiste (très polluant) pour le liquéfier (très polluant) et le transporter par bateau (très polluant). Tout cela pour éviter une centrale nucléaire…

Non content de s’attaquer à l’énergie électrique, au point que chaque hiver semble maintenant se jouer au watt près en France, l’écologie a aussi permis de raréfier les énergies fossiles par les taxes et freins à l’investissement. Cette situation était déjà préoccupante. Mais maintenant que l’Union européenne souhaite tout simplement couper le pétrole et le gaz russe, on se dit que finalement nous n’étions pas à une taxe près.

Alors, bien sûr, comment faire fonctionner toutes ces machines qui coupent du bois ou minent du fer ? Je veux bien mettre un pull cet hiver pour me réchauffer sans gaz. Mais allons-nous mettre un pull sur le haut fourneau pour le chauffer à plus de 1200°  afin de fabriquer l’acier ?

Idéologie économique

L’État peut accroître le PIB par davantage de dépense. Pour ce faire, rien de plus simple : les taux à 0% rendent le capital caduc qui ne joue plus son rôle de moteur de la croissance par le réinvestissement des profits, puisque son rendement est à 0 %. À la place, l’État s’endette toujours plus pour stimuler la consommation en espérant qu’à son tour celle-ci stimule la croissance.

Avec les taux à 0 %, cette croissance est purement artificielle, elle ne reflète plus un gain de production et de richesse dans le pays, mais uniquement un gain de consommation soutenu par un endettement de l’État. Le PIB se retrouve au sommet d’une montagne de dettes, éloigné de la vraie production du pays.

Nous sommes donc dans une situation semblable à l’Allemagne de 1920. L’utilisation de la planche à billets a créé une montagne de dette étatique d’un côté et de l’épargne dormante de l’autre, le tout dans une économie atone ne pouvant pas suivre la demande.

Paradoxalement, c’est une embellie économique qui, comme en Allemagne, a déclenché le réveil de l’argent dormant et son tsunami dévastateur dans l’économie.

Pour ceux qui pensent que les politiques gèrent très mal notre monnaie, vous en avez encore une fois la preuve.

Pour ceux qui pensent que les politiques sont juste bons à ravager notre économie en démarrant des guerres inutiles. Vous pouvez constater que l’Union européenne s’est contentée d’assécher notre accès à l’énergie et aux capitaux tout en inondant l’économie de son argent magique. Bien qu’efficace pour saboter notre économie, cela n’a pas suffi à l’UE qui souhaite démarrer une guerre contre la Russie.

La situation est semblable à celle de l’Allemagne en sortie de guerre, à la différence que la guerre n’est pas derrière, mais devant nous.

28 mai, 2021

Comment la blockchain a profondément transformé la rareté

 La blockchain est une technologie qui compte bien remettre de la rareté dans nos sociétés. Elle réalise l’exploit de rendre des actifs numériques rares, c’est-à-dire de forcer leur existence en quantité limitée.

Des monnaies entièrement numériques valent 1000 milliards de dollars comme Bitcoin. Des oeuvres d’art que n’importe qui peut copier à l’identique se vendent pourtant 69 millions de dollars. Au-delà des possibles bulles, les cryptoactifs (actifs existant sur une blockchain) ont bien une valeur, car ils ont bien une rareté. Nous allons voir comment la rareté a évolué au cours des derniers siècles pour arriver jusqu’aux blockchains avec leur rareté toute particulière.

LA RARETÉ À L’ÈRE PRÉ-INDUSTRIELLE

Selon wikipedia, la rareté « exprime la difficulté de trouver une chose particulière, du fait qu’elle existe en faibles quantités ou sous forme d’exemplaires en nombre limité.. »

Jusqu’à l’arrivée de l’industrie la rareté était subie. Toute chose nécessitait beaucoup d’heures de travail et l’humanité avait peu de travailleurs pour réaliser toutes les tâches.

Un moine copiste prenait 3 ans pour recopier une bible. Au XIII siècle, 200 mètres de tissu nécessitaient 6000 heures de travail. La cathédrale de Paris que Macron veut reconstruire en 5 ans, a nécessité 182 ans à l’époque. Un hectare de blé produisait seulement 570 kg de blé, juste assez pour nourrir deux personnes par an.

Cette rareté avait aussi quelques avantages. La monnaie nécessitait des métaux précieux tels que l’or ou l’argent. La planche à billets gouvernementale était donc limitée. L’art était le fruit d’un temps humain considérable, telle La Cène de Léonard de Vinci, réalisée en 4 années.

La rareté provenait donc d’une pénurie de temps humain à une époque où tout nécessitait énormément de temps humain. Cette quantité donnait également une valeur à chaque objet, au point de lier prix et rareté : « ce qui est rare est cher

LA RARETÉ À L’ÈRE INDUSTRIELLE

La révolution industrielle n’a eu de cesse de réduire le temps humain nécessaire.

En trois ans, Gutemberg a pu imprimer 180 exemplaires de sa Bible de 1455. La machine à tisser Jacquard a permis à un seul ouvrier d’effectuer le travail de cinq ouvriers, provoquant la révolte des Canuts. Aujourd’hui, les productions agricoles par hectare ont été multipliées par dix. Et nous pouvons construire des bâtiments, tel le viaduc de Millau, en seulement trois années.

Cette volonté de produire en masse avec peu de temps humain et encore moins d’énergie humaine a permis de baisser le coût de la vie, mais aussi de faire disparaître la rareté de nos vies ! Le point culminant d’une société aux ressources infinies est arrivée avec l’informatique. Les ressources numériques se copient et partagent quasi instantanément et gratuitement.

Bien sûr, cette perte de rareté dans la société est bénéfique. 90 % des humains mangent à leur faim. Le savoir n’a jamais été aussi répandu et accessible. En France, nous vivons dans 90 m2 en moyenne avec seulement 2,3 personnes par logement. Nous achetons 10 kg de vêtements par an et par habitant. La diminution de la rareté est corrélée par une baisse du prix, toutes les deux liées au temps humain présent dans l’objet.

Cependant, ce manque de rareté présente des défauts.

Premièrement, nos monnaies sont devenues des monnaies de singe, qui s’effondrent avec leur gouvernement (liste des hyperinflations). Il faut dire que la garantie de leur valeur ne provient plus d’une quelconque rareté mais de la seule confiance dans le gouvernement… L’art aussi s’est effondré, les techniques de copie ne permettent plus de distinguer original et plagiat, surtout dans l’art moderne.

Les notions d’original et de propriétaire se perdent dans le format numérique où chaque œuvre est copiable à l’infini et à l’identique tel les vidéos, musiques ou photos.

LA RARETÉ À L’ÈRE DE LA BLOCKCHAIN

La blockchain est une technologie qui compte bien remettre de la rareté dans nos sociétés. Elle réalise l’exploit de rendre des actifs numériques rares, c’est-à-dire de forcer leur existence en quantité limitée. Pour se faire, elle va rendre ces actifs ni falsifiable ni duplicable, une véritable prouesse.

Elle s’est d’abord attaquée aux actifs fongibles avec la monnaie bitcoin, une monnaie où la rareté est garantie par des preuves mathématiques. Ces preuves sont plus exactement du cryptage, ce qui donne leur nom aux cryptomonnaies ou cryptoactifs.

La rareté ne provient plus d’un temps humain, mais de preuves mathématiques. Chaque actif est un bien rare sur la blockchain, mais on peut en créer autant de différents que l’on souhaite. Ce premier cas d’usage des actifs fongibles a donné  d’autres cryptoactifs comme Ethereum (monnaie), Tether (tracker valant un dollar), VeraOne (tracker valant un gramme d’or) ou encore UNI (action de la compagnie Uniswap).

Puis sont venus les célèbres Non Fungible Token (NFT), pour les actifs numériques non fongibles, que l’on peut considérer comme des certificats numériques d’authenticité. Ainsi des œuvres d’art digitales physiques ou des objets de luxe peuvent retrouver une rareté et une authenticité forte en se liant à leur NFT.

Nous entrons ainsi dans un monde à double rareté.

La rareté physique garantie par une dépense de temps humain perdurera encore sur les métaux précieux ou l’artisanat de luxe. Et de l’autre, tous les actifs se devant d’être rares comme la monnaie ou l’art, mais qui ont perdu leur rareté par le passage de l’industrie puis du numérique. Ceux-ci trouveront refuge sur la blockchain, et sa rareté numérique garantie par des preuves mathématiques.

Dépourvue de temps humain, la rareté numérique n’a intrinsèquement pas de valeur. Ce qui est rare n’est plus forcément cher pour les cryptoactifs, seuls l’usage et la demande de l’actif créeront sa valeur. Ainsi le vrai bitcoin culmine à 50 000 euros, alors qu’un projet concurrent : Bitcoin SV n’est qu’à 270 euros, les deux ayant pourtant la même rareté (21 millions d’unités) et les mêmes garanties mathématiques. La valeur des cryptoactifs n’est donnée que par le marché. Mais au moins, la blockchain permet la rareté donc la possibilité d’une valeur.

06 mai, 2021

Tout comprendre des métaux rares : le futur des métaux rares (3/3)

 À la conquête des métaux sur Terre, Mer et Ciel. Avons-nous vraiment besoin de métaux rares ?

Les deux premières parties de cette étude ont été publiées ici et ici.

LES MÉTAUX RARES : USAGES, PRODUCTIONS, CONFLITS, FUTUR

La réalité des métaux rares est loin des idées reçues ! Les métaux rares sont d’une étonnante complexité dans notre société. Or nous assistons davantage à une simplification voire une confusion dans la presse. Nous allons donc tenter d’y remettre de l’ordre avec ce dossier en trois parties :

  1. Pourquoi en avons-nous besoin ? Quand sont-ils apparus dans nos vies ?
  2. La géopolitique des métaux rares, études de cas sur les moteurs, les batteries et l’électronique.
  3. Le futur des métaux rares, à la conquête des métaux sur Terre, Mer et Ciel. En avons-nous vraiment besoin ?

LE FUTUR DES MÉTAUX RARES

En incitant, voire en forçant, la délocalisation par les restrictions d’exportation, la Chine a su remonter la chaîne de valeur. Par dessus tout, elle a donné un guide au reste du monde pour rétablir le rapport de force avec l’Occident.

Aujourd’hui, l’Indonésie a appliqué la méthode sur le nickel : embargo sur le métal en septembre 2019, puis signature de contrats, comme celui de LG à hauteur de 10 milliards de dollars pour construire une usine de batteries. L’Arabie Saoudite souhaite ouvrir des usines pétrochimiques pour concevoir du plastique.

L’Occident devra faire avec un futur où le pays qui extrait est aussi le pays qui fabrique. Néanmoins, le dumping chinois ne peut plus durer tant sur le plan économique qu’écologique, il devient insoutenable. L’achat de minerais à des pays tiers deviendra cher et instable. Trois possibilités s’offrent à nous.

MINER TERRE, MER ET CIEL

Le cour du minerai repart à la hausse. Certaines mines comme la Mountain Pass pourraient réouvrir. C’est aussi le cas en France où Emmanuel Macron y est favorable. Les fonds marins sont aussi inspectés en vue de futures extractions. Ayant la deuxième surface maritime au monde, le pays est en bonne position.

Il faut savoir que les métaux proviennent de l’espace. Ils sont forgés dans les étoiles, et arrivent sur Terre via les météorites, d’où l’idée d’aller à la source et envoyer des robots miner sur les astéroïdes. Même si le Luxembourg vient d’autoriser le minage spatial et que certaines entreprises comme Planetary Resources émergent, il demeure encore d’importants problèmes techniques et économiques.

Pour rappel, Rosetta a été la première sonde à se poser sur une comète en 2016 pour un coût de 1,4 milliard d’euros. Ou encore, la première extraction d’astéroïdes OSIRIS-REx est en court par la NASA et va en récupérer 60 grammes…

De plus, à l’heure de la vague verte, quel politicien souhaite ternir son image en réouvrant les mines ? Si les écologistes sont déjà vent debout contre la pollution de la 5G ou des lampadaires, vont-ils accepter la réouverture des mines ? Le consommateur occidental est pris de schizophrénie. Il souhaite que son monde soit technologique, mais ne veut pas de mine dans son jardin.

LE RECYCLAGE

Nous pouvons aussi utiliser nos consommateurs comme une force. Avec le recyclage des métaux, la production se déplace des mines vers les marchés de consommateurs. L’Occident retrouve ainsi sa souveraineté.

Mais là encore, le recyclage bio n’existe pas, et surtout la rentabilité du recyclage varie d’un métal à l’autre. L’aluminium est recyclable à l’infini, il nécessite 95 % d’énergie en moins que le minage, ce qui le rend rentable à recycler. Alors que les terres rares restent peu recyclées, car trop coûteuses.

AVONS-NOUS BESOIN DE MÉTAUX RARES ?

L’être humain a toujours su se passer de ce qui lui manque. On pense notamment à l’Allemagne de 1940, qui a mis au point de l’essence et du caoutchouc (Buna) synthétique pour mettre son économie en autarcie et ainsi préparer le pays à la guerre. Plus proche de nous, en 1987, le protocole de Montréal interdit 96 produits chimiques utilisés dans 240 secteurs industriels pour lutter contre le trou dans la couche d’ozone.

Enfin dans notre cas, il y a Tesla. Le constructeur a déjà réduit le néodyme de ces moteurs pour les remplacer par des bobines de cuivre. Et il vient de retirer le cobalt de ses batteries pour le remplacer par davantage de nickel.

CONCLUSION

En forçant la délocalisation, la Chine a pillé l’Occident de son innovation. Ce modèle devient la norme. Mais il montre que l’Occident est riche de matière grise plus que de métaux rares. La Chine a pillé les entreprises françaises de leurs savoirs, mais ne voulait pas des mines françaises.

Réouvrir les mines est donc un acte court-termiste. Si l’Occident doit se relever, c’est par son innovation. Nous devons financer des projets sur du recyclage plus écologique, comme Récylum et financer des entreprises sur de nouvelles batteries comme Tiamat.

Bibliographie

En plus des diverses sources présentes dans les liens, ce dossier a été construit autour des informations présentes dans :

26 avril, 2021

Tout comprendre des métaux rares : la géopolitique des métaux (2/3)

 La géopolitique des métaux rares. Études de cas sur les moteurs, les batteries et l’électronique.

La réalité des métaux rares est loin des idées reçues ! Ils sont d’une étonnante complexité dans notre société. Or on assiste plus à une simplification voire une confusion dans la presse. Nous allons donc tenter d’y remettre de l’ordre avec ce dossier en trois parties :

Les métaux rares sont devenus indispensables à notre industrie. À mesure que l’on embrasse le numérique et l’électrique, on accroît notre besoin en ces métaux. Ils sont présents dans nos batteries, nos éoliennes, nos voitures, nos smartphones ou notre télé. Leur approvisionnement est maintenant au centre d’un combat géopolitique mondial.

On aimerait tout simplifier comme on l’entend souvent : « La Chine détient tous les métaux rares. Ils sont méchants et très chanceux. » C’est beau, simple, ça a le mérite de créer une sensation d’injustice et de peur dans la population.

Il n’en est rien. Chaque métal a sa géopolitique, car il a sa répartition géographique, sa rareté, ses usages, son industrie. La Chine n’a pas la main sur tous les métaux rares. Elle est certes partie en bonne position grâce à ses ressources naturelles, mais sa domination actuelle est le fait de patience.

Nous allons donc analyser trois marchés différents pour comprendre la stratégie chinoise.

MÉTAUX RARES ET MOTEUR ÉLECTRIQUE

Les moteurs électriques sont composés de cuivre et de fer, mais surtout de néodyme, une terre rare permettant la fabrication de super-aimants. Ce métal peut être vu comme un monopole chinois injuste : 80 % des réserves et de la production sont chinois. Dans ce cas, la Chine n’a pas eu besoin d’aller très loin. Elle a réalisé un coup à trois bandes parfaitement exécuté pour s’accaparer le marché et la valeur ajoutée.

Première étape : on casse les prix

La Chine a bradé sa production en réalisant un dumping économique et écologique pour extraire n’importe comment le minerai le moins cher possible. En 2002, le métal était tombé à 6,67 dollars/kg.

Deuxième étape : remonter la chaîne de valeur

Une fois les mines étrangères coulées par une concurrence déloyale. La Chine a freiné drastiquement l’exportation, le prix a atteint 467 dollars/kg en juillet 2011. Les industries qui veulent résister vont devoir délocaliser leurs usines en Chine. Il faut rendre cette délocalisation agréable en continuant le dumping sur le marché interne, conserver un marché du travail à bas coût et favoriser les joint-venture entre entreprises chinoises et étrangères.

Troisième étape : pillage

Une fois que l’entreprise chinoise a pillé les propriétés intellectuelles de l’étrangère, on fait émerger une entreprise concurrente 100 % chinoise.

C’est ainsi que les Américains, producteurs de néodyme et d’aimants ont détruit leur industrie. En 2002 la mine Moutain Pass, principal gisement américain de néodyme, ferme. Puis en 2006, l’usine du fleuron des aimants américains Magnecquench est délocalisée en Chine. C’est ainsi qu’en 2012, Lockheed Martin a dû reconnaître qu’il avait des super-aimants chinois dans son F-351.Les aimants provenaient de ChengDu Magnetics en Chine.

MÉTAUX RARES ET BATTERIES

Une batterie repose essentiellement sur le lithium, et dans un second temps sur le cobalt et le nickel. Tous ont quasiment la même abondance. Le nickel est bien reparti, la Chine détient 4 % de la production. Le lithium est concentré en Amérique latine (Argentine, Chili, Bolivie, Brésil), en Australie, la Chine dispose de 6 % des réserves. Actuellement l’Australie s’accapare la production avec 55 % de l’extraction. Le principal problème est donc le cobalt. La République Démocratique du Congo détient 72 % de la production et 50 % des ressources.

Dans ce cas, il faut aussi jouer des partenariats et remonter la chaîne de valeur. La Chine, par l’entreprise China Molybdenum, détient par exemple 80 % de Tenke Fungurume, principale mine de cobalt en RDC. Ensuite, elle est devenue leader dans le raffinage du cobalt avec 63 % de parts de marché (à noter que l’Europe à 19 %).

La Chine qui détenait déjà des ressources en lithium et nickel a ainsi récupéré une place stratégique sur le cobalt. Avec tous les métaux prêts à l’usage chez elle, il suffit de favoriser la délocalisation des industries par le dumping puis les restrictions d’exportations et enfin les partenariats. Et ainsi nous voyons des entreprises chinoises arriver sur le marché des batteries avec le meilleur de la technologie telle CATL en 2011 ou sVOLT.

LES CIRCUITS ÉLECTRONIQUES

Le silicium, métal semi-conducteur, à la base de toute l’électronique et l’informatique, est le matériau le plus abondant sur Terre après l’oxygène, il constitue 25 % de la croûte terrestre. Envisager une captation du marché est impossible.

Comme avec le cobalt, la Chine a récupéré le polluant raffinage que l’Occident ne souhaite pas avoir chez lui. Mais détenir du silicium raffiné ne vaut rien dans la chaîne de valeur. Entre le silicium pur et votre microprocesseur, il y a une technicité colossale détenue uniquement par quelques acteurs tels que Samsung, Qualcomm, Intel et le leader TSMC. Tous sont asiatiques à l’exception de Intel (qui envisage d’utiliser les usines de TSMC). Ces entreprises sont les seules capables de fabriquer des concentrés de technologies comme les microprocesseurs, les antennes 5G ou les écrans.

En plus de nécessiter une expertise technique rare en Europe, cette industrie consomme beaucoup de capitaux. Les composants sortent de méga-usines qui ne sont rentables qu’avec de grandes économies d’échelle. Comme l’usine de Samsung à Pyeongtaek en Corée du Sud pour un investissement de 14 milliards de dollars.

Un pays revient souvent : Taïwan. Cette petite île est d’une importance vitale pour le reste du monde. Elle dispose des entreprises les plus qualifiées telles que TSMC, mais aussi les usines les plus perfectionnées à Hsinchu, Tainan et Taichung. Devant cette place stratégique, la Chine compte bien agir et se l’accaparer. Elle s’entraîne au débarquement depuis des années pour récupérer Taïwan et son savoir-faire.

En attendant l’action militaire, comme toujours la Chine s’est gentiment dévouée comme usine de monde pour Samsung, Sony ou TSMC. Puis des concurrents 100 % chinois sont arrivés comme Huawei, Xiaomi ou ZTE.

BONUS PATRIOTIQUE : LE HAFNIUM

La France a son pré carré : le Hafnium. C’est une terre rare utilisée pour réguler les réactions physiques dans les centrales nucléaires. Elle est le premier producteur.

L’ARROGANCE OCCIDENTALE

L’Occident a préparé sa chute. Depuis la découverte du Nouveau Monde et ses mines de cuivre et d’argent, nous aimons chercher les ressources à bas prix chez les autres, puis réaliser la grosse valeur ajoutée de retour chez nous, avant de revendre nos produits au reste du monde. Nous avons transformé le coton en vêtement, les diamants en bijoux, l’uranium en électricité, le cacao en chocolat, le pétrole en essence et plastique.

Nous laissons aux autres le soin de polluer en minant, raffinant et fabriquant à bas coût. Nous nous concentrons sur la haute valeur ajoutée et la vente, ainsi résumé par Apple : Designed in California. Made in China. C’est un modèle qui a fonctionné parfaitement en Amérique du Sud, en Afrique et au Moyen-Orient. Nous pensions l’exporter en Asie, mais la Chine vient de sonner la fin.

Elle a vu dans notre mondialisation notre plus grande faiblesse. La haute technologie, joyau de l’Occident, nous rend vulnérables à la pénurie des métaux rares. La Chine vient de trouver le talon d’Achille de l’Occident, elle vient de nous faire passer de prédateur économique à proie.

À nous de contrecarrer dans le chapitre suivant.

Article mis à jour le 24/04/21 à 15h36

  1. La guerre des métaux rares, Guillaume Pitron. Chap. La course aux missiles intelligents. Sect. Déni d’accès en mer de Chine Méridionale. ↩