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09 mai, 2018

Idée reçue : “Les pays scandinaves sont la preuve que le socialisme fonctionne”

Ils sont en réalité bien plus libéraux que nos politiciens veulent nous le faire croire.

Nous entendons régulièrement des politiciens prendre en exemple les pays scandinaves pour justifier le matraquage fiscal qu’ils imposent aux citoyens français : “Regardez le niveau d’imposition en Suède ou au Danemark, et pourtant ils font partie des pays où les gens sont les plus heureux.”
CQFD : davantage d’impôts rend les gens plus heureux. Cette conclusion hâtive ne tient cependant pas compte du fait que les pays scandinaves sont en réalité bien plus libéraux que nos politiciens veulent nous le faire croire. En effet, leurs économies privilégient grandement le marché à la bureaucratie dans leurs fonctionnements. Voyons comment en nous intéressant tout particulièrement à l’exemple suédois.
Il est intéressant de rappeler que certains des pays scandinaves n’ont pas toujours été des pays socialistes. La Suède a par exemple connu une histoire assez extraordinaire. Avant 1850, le pays se résumait globalement à de grandes étendues de toundra peuplées de paysans. Dans le siècle qui va suivre, elle va s’ouvrir au monde grâce à une politique de libre-échange volontariste. Alors que de nombreux pays faisaient le choix de mettre en place des États-Providences, la Suède, elle, privilégie le marché et la liberté individuelle.
Ces choix lui permettent de devenir en 1950 la 4ème économie mondiale et d’afficher une liste impressionnante d’inventeurs et de société de premier ordre mondial : Alfred Nobel (dynamite), Baltzar von Platen (réfrigérateur), Volvo, Saab, Ericsson …
Cependant, l’influence de l’aile gauche des sociaux-démocrates, désireux de mettre en place un État-Providence en Suède s’est fait de plus en plus forte à partir de 1950. En 1969, Olof Palme, fraîchement élu, va rompre avec l’histoire et la tradition suédoise : augmentation des taxes et impôts, vote des réglementations dans tous les sens. L’arrivée au pouvoir des libéraux en 1976 ne change rien à l’orientation de la politique engagée sous Palme. À son retour au pouvoir en 1982, il poursuit l’oeuvre qu’il avait engagée en 1969 à grands renforts de dévaluation et d’inflation. La déreglementation de l’offre de crédit, effectuée dans un contexte de taux d’intérêt corrigés de l’inflation quasiment nuls, provoque une gigantesque bulle de crédit.
Autrement dit, au milieu des années 1980, la situation de la Suède est beaucoup moins réjouissante : l’inflation atteint 10%, le PIB chute de plus de 25% en trois ans au début des années 1980, le pays est sorti du top 10 des pays les plus riches de la planète …
À la suite de l’assassinat d’Olof Palme en 1986, Ingvar Carlsson va se montrer bien plus pragmatique que ses prédécesseurs et revenir aux fondamentaux qui avaient assuré la réussite de la Suède : moins de réglementations, plus de liberté. Alors que la fin des années 1980 est marquée par une forte reprise économique, une gestion désastreuse de la politique de changes et un contexte international tendu à la suite de la guerre du Golfe poussent la Suède au bord du précipice au début des années 1990.
Le gouvernement est obligé de privatiser un certain nombre de secteurs (compagnies aériennes, telecoms) et de dévaluer la krona. Ces réformes permettront à la Suède d’éviter le pire mais elle ne connaîtra plus jamais les niveaux de croissance qui étaient les siens avant 1970.
Il n’est donc pas surprenant de retrouver aujourd’hui des signes de ces deux phases libérale et socialiste dans le fonctionnement du pays. Le taux d’imposition sur le revenu est très élevé et les mécanismes de redistribution nombreux. Néanmoins de nombreux pans du fonctionnement de l’État suivent des mécanismes de marché.
Le marché de l’électricité est par exemple totalement libre : vous pouvez acheter votre électricité auprès de qui vous le souhaitez, même à l’étranger. Idem pour les transports : point de RATP qui opère des trains à Stockholm mais un Storstockholms Lokaltrafik, organisme public qui ne fait que gérer des contrats de sous-traitance. Le métro est d’ailleurs opéré par une firme hong-kongaise, MTR.
L’école n’est pas gérée par un mammouth version rue de Grenelle. Les parents reçoivent des chèques éducation qui leur permettent de choisir l’école qui convient le mieux pour leurs enfants qu’elle soit publique ou privée. Les ministères centraux sont réduits au minimum pour laisser libre cours à l’initiative locale.
Si nous nous attardons sur des considérations plus économiques, la Suède a un niveau de prélèvement très élevé cependant, ces niveaux sont concentrés sur les revenus des individus et non des entreprises. Le taux d’imposition sur les sociétés dans les pays scandinaves se situe d’ailleurs autour de 25% soit près de 8% de moins que chez nous.
Par ailleurs, le fonctionnement de l’assurance-chômage est bien différent de celui de notre beau pays. Loin d’être géré par la mafia des syndicats, les Suédois sont obligés de souscrire à un organisme d’assurance mais ont le choix entre plus de 30 organismes privés qui sont en concurrence pour offrir les meilleurs services.
Les pays scandinaves sont également des pays plutôt pro-business en témoigne leur classement Doing Business établi par la Banque Mondiale : Danemark, 3ème, Norvège, 9ème, Suède, 10ème. A titre de comparaison, la France se classe … 31ème.
En regardant dans le détail, nous sommes donc bien loin du paradis “socialiste” que l’on nous vend en France. Ces pays sont bien plus libéraux que le Royaume-Uni ou le Canada qu’on nous présente volontiers comme des enfers “ultra-libéraux”. La présence de très nombreux mécanismes de marché dans leur fonctionnement en est le témoin.
Il faut enfin souligner que la Suède n’a jamais retrouvé les niveaux de prospérité qui avaient été les siens lorsqu’elle était un pays pleinement libéral. Le nombre de créations nettes d’emplois dans le secteur privé a été quasi-nulle depuis 1970. Son taux de chômage relativement faible tient compte pour partie de départs à la retraite anticipés et de nombreuses personnes vivant de la redistribution opérée par l’État.
Ainsi, choisir de s’inspirer du modèle scandinave pourrait constituer une bonne première étape pour la France mais je ne pense pas que nos politiciens aient en tête la mise en place de mécanismes de marché lorsqu’ils évoquent les pays scandinaves. Les principes socialistes ayant montré leur échec dans ces pays, il serait d’ailleurs inutile de s’en inspirer, ne gardons que le meilleur de ces pays : plus de liberté !
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