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Vaut mieux en rire!

31 août, 2016

Governing the commons : The evolutions of institutions for collective action

Revue de livre par Frédéric Mas

Elinor Ostrom : le bien commun par le bas




Ostrom : le bien commun par le bas

Seulement, ce préjugé en faveur de l’administration comme procès de rationalisation est contesté 1, et la science économique récente lui a même adressé une critique forte en proposant de décentraliser et d’introduire la concurrence institutionnelle dans la gestion des biens publics.

Centralisation et ordre polycentrique

En effet, l’économiste et prix « Nobel » Elinor Ostrom, à travers ses études empiriques sur les biens publics municipaux, a soutenu que l’efficacité de l’administration publique n’était pas liée à son degré de centralisation et de consolidation, mais résulterait d’un processus polycentrique sous-produit, dont les acteurs sont les communes locales. En effet, celles-ci seraient en compétition pour attirer de nouveaux résidents, proposant biens et services publics contre des impôts locaux et des rémunérations.
Ce qui semble du point de vue d’un administrateur rationnel moderne totalement chaotique est en fait un processus organisé d’économies locales qui émerge grâce à la participation conjointe des communautés locales et des citoyens. Les mécanismes décentralisés qui assurent le bon fonctionnement des échanges génèrent ainsi une offre beaucoup plus adaptée aux demandes des citoyens au quotidien. Inversement, la centralisation bureaucratique de l’administration dans la gestion de cet écosystème économique municipal tend à empirer les choses.
Ostrom a observé que cette différence de conception des gouvernances locales par l’administration réapparaissait avec les mêmes résultats une fois appliquée au problème, bien connu en économie « des communs ».

Pas de tragédie des communs

Les ressources communes dans un environnement rural, qu’elles soient forestières, en matière d’irrigation ou de pêche, sont comparables à la gestion des écoles, de la police et des services publics dans l’environnement urbain des collectivités locales : les efforts des experts pour centraliser l’administration des ressources débouchent sur des problèmes de mauvaises allocations liées à l’impossibilité de créer les conditions du calcul économique, à rassembler les informations dispersées au sein de la société et à prévenir l’influence destructrice des groupes d’intérêt au sein de la structure2.
Inversement, en se concentrant sur la manière dont les acteurs à la base font au quotidien pour transformer les situations potentiellement conflictuelles en opportunités pour coopérer, les époux Ostrom ont montré que les individus confrontés aux problèmes de ressources communes n’étaient pas victimes de la tragédie des communs : au contraire, pour éviter le conflit, les acteurs réussissaient à transformer l’occasion en opportunités pour créer des normes adaptées en vue d’assurer sa bonne gestion et la coopération pacifique.
En conclusion, nous pouvons reprendre la leçon que Peter Boettke retient des travaux d’Elinor Ostrom dans son livre Living Economics. Les individus sont les mieux placés au niveau local pour connaître les règles et les actions les plus adaptées à leurs intérêts pour éviter les conflits et entretenir la coopération sociale qu’une administration lointaine, centralisée et déconnectée des réalités quotidiennes de ses administrés.
  • Ostrom, Elinor, Governing the commons : The evolutions of institutions for collective action, New York, Cambridge Univ. Press, 1990.

  1. On pense aux travaux pionniers en sociologie des organisations de Michel Crozier sur la bureaucratie par exemple.
    image: https://s.w.org/images/core/emoji/72x72/21a9.png
    ↩
  2. Sur le sujet, Boettke, Peter, Living Economics, The Independante Institute, 2012, p. 165.
    image: https://s.w.org/images/core/emoji/72x72/21a9.png
    ↩

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