Le Québec fonce dans le mur ....

....oups! On l'a frappé.
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Vaut mieux en rire!

La vaste majorité de nos importations viennent de l'extérieur du pays.--- Georges W. Bush

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31 mars, 2008

Abolissons les Commissions Scolaires

Dans son texte, Alain Dubuc constate l’incompétence de la CSDM suite à la fermeture des écoles due à l’accumulation de neige sur les toits. À ma grande surprise, il conclu que cela démontre que les Commissions Scolaire ont leur raison d’être.

Pour une rare fois, je suis en désaccord avec M. Dubuc. Le fiasco de la CSDM prouve, si cela était encore nécessaire, que les C. S. sont des organismes coûteux, inutiles et illégitimes. (Voir Ce n’est pourtant pas sorcier!)


Le mercredi 19 mars 2008
L'incompétence transversale

Alain Dubuc, Collaboration spéciale, La Presse

La Commission scolaire de Montréal, en fermant en panique ses 192 établissements, a fait vivre aux écoliers montréalais et à leurs parents une aventure rocambolesque dont on pourrait rire si elle ne trahissait pas l'incompétence d'une administration à laquelle nous confions des dizaines de milliers d'enfants.

La CSDM, en multipliant les gaffes avant, pendant et après la crise provoquée par l'accumulation de neige sur les toits de ses écoles, a manifesté tous les symptômes d'une administration dysfonctionnelle.

Il y a de grosses chances que ces ratés rouvrent le débat sur la pertinence des commissions scolaires qu'avait lancé le chef de l'ADQ, Mario Dumont. Car la douteuse prestation de la présidente de la CSDM dans cette histoire, Diane De Courcy, semble être une conséquence concrète du fait que notre démocratie scolaire est malade.

Pour commencer, comment se fait-il que les trois autres commissions scolaires de l'île, English Montreal, Marguerite-Bourgeoys et Bout-de-l'Île, n'aient pas fermé leurs écoles? Pas plus que celles de Laval, de la Rive-Sud ou de la couronne nord. Neige-t-il plus à Ahuntsic qu'à Saint-Laurent? Comme la réponse est non, on peut en déduire que quelque chose ne tournait pas rond à la CSDM.

Peut-être que certains de ses bâtiments sont plus vétustes. Mais ça ne peut pas tout expliquer. La réponse, évidente, c'est qu'ailleurs, on avait fait le travail, qu'on avait inspecté avant, qu'on avait déneigé au fur et à mesure.

Ensuite, la réaction de la CSDM, ce qu'on pourrait appeler l'opération Titanic, laisse songeur. Vendredi, on a évacué les écoles en panique, comme s'il y avait un incendie. Bien sûr, personne n'osera reprocher un excès de prudence, car tout doit être fait pour la sécurité de nos enfants. Mais ce geste dramatique sent la panique et l'improvisation. Mais la suite des choses n'a pas été tellement plus impressionnante. Pourquoi encore fermer toutes les écoles lundi, quand on avait disposé de trois jours pour le déneigement? Et pourquoi aussi avoir rejeté, lundi, dans un premier temps, le scénario du retour en classe graduel? L'idée initiale de la CSDM, c'était d'attendre pour les rouvrir toutes en même temps, parce que c'est «plus simple». La pensée bureaucratique dans toute sa splendeur. Tout comme le fait qu'on n'ait pas prévu des mécanismes de garde pour des parents en situation difficile. Tout comme le site Internet, incapable de suffire à la demande.

Nous avons là les signes d'une bureaucratie dépassée et inefficace. Et je n'hésite pas à faire un lien entre cette incompétence et les ratés de la démocratie scolaire. Parce que ce qui caractérise les commissions scolaires, c'est le fait que ces organismes publics, qui gèrent des fonds publics, ne sont soumis à aucun contrôle et n'ont pas de comptes à rendre. C'est la recette rêvée pour l'inefficacité, le relâchement, le mépris de la clientèle.

Imaginons une seconde qu'un tel fiasco ait été commis par une institution dont la ministre de l'Éducation était directement responsable. Elle passerait un mauvais quart d'heure à l'Assemblée nationale et cela suffirait peut-être pour compromettre son avenir politique. Mais pas à la CSDM, dont la présidente n'a en fait pas d'électeurs auxquels elle doit rendre des comptes, pas d'opposition et pas de patrons.

On se souvient que les élections scolaires de novembre dernier ont été un échec, surtout à Montréal, avec un taux de participation de 3,89%. Mais ce n'est que la pointe de l'iceberg. Sur les 21 districts du territoire de la CSDM, 13 candidats, faute d'opposition, ont été élus par acclamation, tous membres d'un même parti, le MEMO, le Mouvement pour une école moderne et ouverte. Dans les huit autres districts, les huit candidats élus étaient aussi membres du MEMO. Ils se sont partagé un total de 6311 voix.

Le parti qui dirige la CSDM représente donc 6311 Montréalais. Et sa présidente, élue par acclamation, ne représente donc personne. Les débats sont inexistants. Et même s'il y avait une opposition, les débats, dans l'indifférence générale, ne changeraient pas grand-chose.

Faut-il conclure pour autant que les commissions doivent disparaître? Non. L'exemple de l'accumulation de neige montre à quoi servent les commissions. Ce problème ne peut pas se gérer école par école, quand celles-ci n'ont en général que trois employés administratifs: le directeur, le concierge et le secrétaire. Le problème technique peut être pris en charge par les municipalités, mais pas le reste: évacuer les enfants, les déplacer, informer les parents, offrir un service de garde d'urgence.

Ce qu'il faut, c'est un mécanisme pour remplacer cette démocratie déficiente, pour contrôler les commissions scolaires, pour les forcer à rendre des comptes, et à payer politiquement pour leurs gaffes.

30 mars, 2008

Le rapport Fortin

Dans son texte, Alain Dubuc insiste sur les trois messages les plus importants du rapport Fortin : le rôle essentiel des multinationales que les Québécois aiment tant haïr; l’abolition du programme électoraliste d’aides fiscales aux régions; abolition des programmes gouvernementaux qui favorisent les secteurs industriels (le passé) au détriment des secteurs de service (le futur).

Finalement, le rapport Fortin propose de remplacer les programmes nuisibles par un environnement économique invitant. En d'autres mots, il recommande de réduire l'interventionnisme de l'État. C'est probablement trop simple pour être apprécié par nos politiciens.

Le vendredi 28 mars 2008
Penser autrement

Alain Dubuc, Collaboration spéciale, La Presse

Pour combler ses retards économiques et aspirer au même niveau de vie que ses voisins, le Québec devra augmenter sa productivité. Et pour être plus productif, le Québec devra entre autres favoriser l'investissement, plus particulièrement dans les équipements de production.

C'est cet enjeu sur lequel s'est penché le Groupe de travail sur l'investissement des entreprises, présidé par l'économiste Pierre Fortin, à qui la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, avait donné le mandat d'analyser la situation, d'expliquer aux Québécois en quoi l'investissement était essentiel, et de proposer des pistes de solutions. Le rapport, pédagogique, mérite d'être lu.

Le groupe de travail fait 21 recommandations précises pour favoriser l'investissement: éliminer la taxe sur le capital, réduire l'impôt des sociétés, ouvrir le marché américain, favoriser la concurrence, assurer la cohérence entre organismes publics, encourager l'épargne, combattre le décrochage, augmenter la diplomation universitaire, promouvoir la formation professionnelle, favoriser l'entrepreneuriat. Mais je voudrais insister sur trois d'entre elles, qui reflètent toutes trois un profond changement de culture, une autre façon de voir le développement, et qui exigent une transformation de nos façons de faire.

Le premier de ces messages, c'est le constat que fait le groupe de travail du rôle positif des multinationales, qu'elles soient québécoises ou étrangères. Les multinationales comptent pour 13% de l'emploi au Québec, mais elles contribuent à 39,3% de l'investissement en équipement de production. Une étude de Statistique Canada, citée dans le rapport, conclut que, depuis 30 ans, les deux tiers de la croissance de la productivité s'est faite par des entreprises sous contrôle étranger.

Les entreprises qui oeuvrent dans plusieurs pays sont plus performantes que celles qui restent sur notre territoire, ce qui amène les auteurs du rapport à en faire une proposition, «reconnaître la contribution remarquable des multinationales québécoises et étrangères à l'investissement au Québec». Un constat qui va à l'encontre des préjugés de la culture dominante. Et qui mène à de nouvelles attitudes, accueillir les investissements des multinationales, mais aussi encourager nos entreprises à le devenir, cesser de les pénaliser quand elles investissent à l'extérieur ou diversifient leurs activités.

Le second message, c'est une recommandation pour appuyer la philosophie d'un autre groupe de travail, sur les aides fiscales aux régions, le rapport Gagné, pour que les aides aux régions favorisent la productivité et encouragent l'investissement. Il s'agit en fait d'une remise en cause des programmes de crédit d'impôt pour les emplois créés par les entreprises qui créaient des emplois dans les régions ressources. Un programme aux importants effets pervers, d'abord parce qu'il favorisait le déplacement de l'emploi d'une région à l'autre. Mais surtout, parce qu'en permettant aux entreprises de compter sur une main-d'oeuvre à meilleur marché, parce qu'elle était subventionnée, le programme ne les encourageait pas à investir et à augmenter leur productivité. Une philosophie d'aide qui nous faisait reculer.

Une logique dépassée, heureusement abandonnée dans le dernier budget, qui avait pour objectif la création d'emplois, quand le chômage est à son plus bas, le taux d'emploi à un sommet historique. Le problème numéro un, y compris en région, n'est pas l'absence d'emplois disponibles, mais la rareté des travailleurs qualifiés. D'ailleurs, trois des 21 propositions du rapport Fortin portent sur l'apprentissage et l'éducation.

Le troisième message, c'est de mettre fin «à la discrimination anachronique exercée par la fiscalité et les programmes gouvernementaux contre le secteur des services et de traiter désormais tous les secteurs industriels sur le même pied». Ce qui, en clair, signifie qu'il faut arrêter de ne miser que sur le secteur manufacturier. Investissement Québec, par exemple, consacre 82% de ses fonds à l'industrie manufacturière quand celui-ci ne compte que pour 20% de la production intérieure.

Dans les faits, plusieurs données du rapport montrent au contraire l'importance du secteur des services commerciaux et les conséquences du fait qu'on ne le traite pas avec les égards qu'il mérite. Par exemple, 70% des emplois créés depuis 30 ans l'ont été dans les services. Mais l'investissement dans ce secteur n'a pas été suffisant. Le Canada consacre entre autres proportionnellement presque deux fois moins de ressources que les États-Unis dans les technologies de l'information et des communications.

Une logique qui semble reposer sur l'idée que le secteur manufacturier constitue «la vraie économie». C'est ce qui semble expliquer le fait que la productivité canadienne soit derrière celle des États-Unis.

Pour changer les choses, faire mieux, et pour que le Québec atteigne de meilleurs résultats, il faut apprendre à penser autrement.

28 mars, 2008

Les politiciens perdent encore du terrain

Le sondage annuel de Léger Marketing, le baromètre des professions, évalue le degré de confiance des Québécois envers diverses professions. Bon an mal an, les politiciens évitent la dernière place grâce aux vendeurs d’autos usagées. Toutefois, au cours de la période 2003-2008 ils ont perdu 8 points de pourcentage. À ce rythme ils se retrouveront bientôt en dernière place



Malgré le fait que les Québécois ne font pas confiance aux politiciens, ils demandent, exigent même, que les gouvernements s’impliquent de plus en plus dans leur vie. Quoique les Québécois n’en soient pas à une contradiction près, comment peut-on expliquer ce phénomène ?

L’explication réside, au moins en partie, dans le fait que les contribuables, ceux qui paient la facture, font parti de la majorité silencieuse. Qui ne dit mot consent. Alors, les groupes de pression s’arrogent le droit de parler en leurs noms. Les politiciens s’accommodent bien de cette situation car cela justifie leurs interventions dans toutes les facettes de la vie des gens. Par ailleurs, pour s’assurer que les groupes de pression réclameront à grands cris de plus en plus d’intervention, les politiciens leur octroient de généreuses subventions payées à même nos impôts.

Selon les documents du ministère de l’emploi et solidarité sociale (MESS) plus de 4 900 organismes se partagent 667 millions en subvention pour l’année en cours. Si on y ajoute les subventions municipales et fédérales ce montant dépasse probablement le milliard. De 1996-1997 à 2007-2008 le montant de ces subventions est passé de 248 millions à 667 millions, une augmentation de 169% ou plus de 15 % par année. Une partie importante de ces organismes sont justifiés et jouent un rôle essentiel auprès des groupes les plus vulnérables de la société. Malheureusement, plusieurs de ces subventions sont accordées à des groupes bidons qui utilisent cet argent à des fins douteuses dont celle de prétendre représenter la majorité silencieuse.

Le gouvernement, grâce à la générosité bien involontaire des contribuables, pousse la générosité jusqu’à subventionner des organismes aussi farfelus que la Fédération de pétanque du Québec, le groupe « Alchimies, création et cultures », l’Association chrétienne des jeunes femmes de Montréal, Fusion culturelle, etc.

Les politiciens subventionnent une multitude d’organismes inutiles sachant qu’en retour ils militeront en faveur de plus d’interventionnisme. Les demandes des organismes subventionnés qui prétendent représenter la population, légitimisent les interventions gouvernementales. C’est un cercle vicieux sans fin : plus de subventions, plus de réclamations, plus d’interventions.

26 mars, 2008

L’interventionnisme politiquement rentable

Les politiciens favorisent l’interventionnisme de l’état parce que c’est politiquement rentable. Toutefois, ils doivent respecter certaines règles pour éviter que leur projet se transforme en boulet politique.

Dans son texte, Bertrand Lemennicier, économiste et professeur à l'Université de Paris II, décrit mieux que quiconque les règles sous-jacentes à l’interventionnisme politiquement rentable.
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Nous en retiendrons une qui a été depuis longtemps répertoriée par les économistes du courant de l’École des Choix Publics: un homme politique qui veut être réélu, doit toujours distribuer les bénéfices de son action sur un petit groupe d’électeurs aux intérêts concentrés et qui peuvent facilement se coaliser pour soutenir cette action et disperser les coûts sur un grand nombre d’électeurs aux intérêts dispersés et qui peuvent difficilement se coaliser pour s’opposer à cette action. Dans tous les autres cas l’action menée sera un échec.

La nature même d’une action étatique coercitive consiste à séparer, dans l’action menée, ceux qui reçoivent les bénéfices de ceux qui en supportent les coûts. Le tableau suivant résume les quatre cas de figures auxquels l’homme politique fait face quand il prend une décision qui va s’appliquer à tous par la force (injuste?) de la loi:




La zone 4 représente une dispersion à la fois des coûts et des gains. La zone 3 suggère une concentration des gains, mais une dispersion des coûts. La zone 1 montre que les bénéfices et les gains sont concentrés, sur des personnes différentes. Enfin, la zone 2 fait apparaître des coûts concentrés et des gains dispersés. Normalement, la production de biens collectifs tombe dans la zone 4: tout le monde bénéficie et tout le monde paie. Lorsque les coûts et les bénéfices sont concentrés, zone 1, on oppose deux groupes aux intérêts qui peuvent facilement se coaliser et dont l’un supporte les coûts et l’autre les bénéfices.

Le système démocratique favorise toutes les actions politiques qui concentrent les bénéfices sur un petit nombre d’électeurs et dispersent les coûts sur un grand nombre d’électeurs qui peuvent difficilement se coaliser pour s’y opposer. En revanche, il défavorise les actions qui concentrent les coûts et dispersent les bénéfices (ou dispersent les bénéfices et les coûts). L'intérêt d'un élu est de rechercher les votes des individus concernés par une mesure politique quelconque favorisant leurs intérêts privés et de leur offrir d'en disperser les coûts sur un grand nombre de personnes, en faisant passer cet intérêt privé pour un intérêt public. Servir les intérêts d’un public très large et peu intéressé ne rapporte malheureusement pas de votes supplémentaires. L’homme politique doit donc, s'il veut survivre, servir les intérêts privés de groupes désireux d'user de la contrainte publique à leur avantage. On sait que de telles actions sont néfastes pour l’ensemble de la collectivité.

Par définition, une réglementation crée des privilèges et par voie de conséquences des intérêts concentrés et spécifiques pour les maintenir. Naturellement, les bénéficiaires, ici les étudiants qui ne font des études que pour la protection qu’ils en espèrent sur le marché du travail, sont réticents à voir leurs privilèges disparaître. Ils ont peur de perdre leur position de force contre les jeunes des banlieues. Ils sont soutenus par leurs leaders syndicalistes et les hommes politiques qui se sont localisés idéologiquement sur ce segment de la population qui réclame une protection sur le marché du travail et qui, eux aussi, ont peur de perdre le peu de clientèle électorale respective qu’ils ont encore.

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25 mars, 2008

L’agriculture agonise

L’industrie agricole se dirige tout droit dans un mur à vitesse grand V. L’Agro-flash publié par l’ISQ montre qu’entre 2001 et 2007, les revenus des agriculteurs, excluant les programmes (NDLR : lire subventions), ont connus un taux de croissance de 9,9 %. Au cours de la même période, les dépenses totales ont fait un bon de 21,9 %.

Sans le respirateur artificiel des subventions, l’industrie serait en faillite. De 2001 à 2007, le coût des programmes d’aide a explosé, passant de 623,9 millions à 1 134,4 millions, un bon spectaculaire de 87,7%. En réalité, si on tient compte des prix artificiellement élevés imposés aux consommateurs par le système de gestion de l’offre, le gouffre est beaucoup plus profond. L’IÉDM évalue que le système de la gestion de l’offre coûte 575 millions annuellement aux consommateurs québécois.



Les subventions et la gestion de l’Offre camouflent l’inefficacité de l’industrie agricole québécoise et retarde d’autant l’urgence d’agir.

Encore une fois, les politiciens sont intervenus en ne voyant que les retombés à court terme : mousser la popularité du parti. Mais, voilà la réalité nous a rattrapé. Que fait-on maintenant?

Les réponses se trouvent dans les rapports Pronovost et Fortin. Mais, il nous manque le plus important, des politiciens dont la vision dépasse l’horizon de la prochaine élection.

24 mars, 2008

La santé, une activité économique comme une autre

Dans son texte, Alain Dubuc déplore le fait que les services de santé ne soient pas assujettis aux lois du libre marché. Il conclue, avec raison, que cela a pour conséquence de le condamner à la stagnation.

Gracieuseté d’Ygreck

Le dimanche 17 fév 2008
Santé : le tabou
Alain Dubuc
La Presse

La santé est un besoin fondamental. C’est aussi une mission sociale essentielle. Si essentielle qu’on ne veut pas la corrompre en la soumettant aux contraintes de l’économie et à la logique marchande. Ces craintes, compréhensibles, expliquent pourquoi on a voulu mettre le monde de la santé à l’abri de ce genre de pressions, notamment en privilégiant un système public et gratuit.


Nous avons commis une erreur en sacralisant la santé et en refusant d’accepter que, malgré son rôle essentiel, elle est également une activité économique. Ce refus a deux conséquences.



La première, c’est qu’on se prive d’un levier important. Les dépenses de santé, on le sait, représentent un peu plus de 10 % du PIB, 39 % des dépenses publiques québécoises. En la mettant dans une bulle, dans un monde à part, on accepte que 10 % de nos ressources ne contribue pas à la création de richesse.



La seconde, plus fondamentale, c’est qu’involontairement, on condamne, dans les faits, le monde de la santé à la stagnation. On voit maintenant la santé comme une dépense, un coût, une contrainte, une perception renforcée par le fait que le gros du financement provient du secteur public et donc des impôts. On a donc aussi tendance à vouloir combattre la croissance des dépenses en santé, en raison des pressions insupportables que cela exerce sur les ressources disponibles.



Mais au nom de quelle logique ? Pourquoi faudrait-il dépenser le moins possible en santé ? Quand les dépenses augmentent dans un secteur, par exemple le loisir, personne ne grimpe aux rideaux. On pense plutôt au potentiel que permet cette consommation, en qualité de vie, en emplois, en développement du tourisme, en entreprises nouvelles. Pas en santé. Et pourtant, la croissance de ce secteur permet la création d’emplois de qualité, développe des activités de pointe, renforce l’économie du savoir, permet d’augmenter à la fois le niveau de vie et la qualité de vie. Dans une société qui s’enrichit, il serait normal qu’une portion croissante des ressources additionnelles aille vers ce secteur qui répond à des besoins et procure du bien-être.



Mais pour qu’un raisonnement comme celui-là tienne la route, il faut que les activités liées à la santé puissent aussi, sans affecter leur mission première, contribuer à la création de richesse. Et c’est là qu’intervient le tabou. On a mis la santé dans une bulle, ce qu’on n’a pas fait avec d’autres besoins encore plus essentiels, comme la nourriture et le logement, ni avec d’autres missions sociales, comme l’éducation.



Voilà un bel exemple. On a accepté que l’éducation ait une double mission, d’abord sociale, mais aussi économique. Et cela a transformé le réseau de l’éducation. Les activités sont largement financées par l’État, mais il y a aussi un réseau d’écoles privées qui ont un effet dynamisant sur le système. C’est un monde de concurrence, pas seulement entre le privé et le public, mais entre les cégeps, entre les universités. On pense en termes de développement et de croissance. On fait de l’argent, en acceptant des étudiants d’ailleurs. On exporte notre savoir-faire.



Une telle logique, malgré ses risques, ferait du bien en santé. Par exemple, le choix de l’emplacement du CHUM aurait peut-être été différent si on avait tenu compte du levier technologique que proposait le projet d’Outremont. On réagirait moins négativement à l’idée d’avoir deux hôpitaux de pointe, un avantage évident dans une ville de savoir. On aborderait autrement le contingentement des professions médicales, une aberration dans une société qui dit vouloir plus de diplômés de haut niveau. On utiliserait plus intelligemment les pharmaciens, exclus parce que leur activité marchande dérange. On encouragerait aussi la création d’entreprises qui investissent, innovent, arrivent avec de nouvelles idées. On exporterait peut-être nos services. Et surtout, et surtout, on introduirait de la concurrence dans le système.



Ce décloisonnement de la santé, même s’il heurte un tabou, refléterait davantage la réalité de la santé, qui dépasse largement le monde des soins curatifs. La santé, c’est aussi la prévention, l’environnement, la prise en compte des inégalités, le mode de vie. La façon dont on mange, nos choix de loisirs sont aussi des gestes liés à la santé. Il refléterait aussi le fait que les gens sont des consommateurs, y compris en santé, où ils ont les mêmes comportements qu’ailleurs.



Ce type de raisonnement ouvre la porte à une place plus grande du privé. C’est vrai. Mais le gros de ces changements d’attitude peut se faire à l’intérieur d’un système public.



L’important, c’est bien moins la présence plus ou moins grande du secteur privé, que l’introduction d’une dynamique de concurrence dans un système rigide.

22 mars, 2008

La politique n’est pas un conte de fée!

Bientôt ce sera le troisième anniversaire des défusions. Les conséquences de ce gâchis dépassent l’entendement : des centaines de millions de dépenses inutiles, un immobilisme glaciaire, détérioration des services, etc. Le déneigement, ou plutôt le non-déneigement, des rues et trottoirs de Montréal est le dernier exemple du fiasco créé par les fusions/défusions.

Montréal glisse lentement, mais non moins surement, vers le peloton de queue des grandes villes nord-américaines. Toutefois, la ministre Normandeau persiste à ignorer le problème en espérant qu’il va disparaître. Pourtant, elle devrait savoir que c'est seulement dans les contes de fée que les choses s'arrangent par enchantement.
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Le jeudi 20 mars 2008
L'intendant de Montréal
Michèle Ouimet
La Presse

Même le maire de Montréal le reconnaît: les rues et les trottoirs de la ville sont mal déneigés.

Dix jours après la tempête, les Montréalais valsent toujours sur des trottoirs gelés et s'embourbent dans des rues à l'allure déconcertante: un tas de neige au centre, encadré par des ornières glacées.

Du jamais vu.

Pourtant, Montréal est une ville nordique. Et qui dit nord dit neige, non? Le déneigement devrait donc faire partie des compétences de base de la Ville.

Pourquoi Montréal patauge-t-il dans un tel bordel depuis 10 jours? Après tout, la ville n'a reçu que 26 centimètres de neige. Avec des gros vents, oui, oui, je sais, mais on est loin des 50 centimètres de 1971.

Le maire Gérald Tremblay a une longue liste de réponses qui sent la justification à plein nez. Je l'ai rencontré à l'hôtel de ville, hier. La chenillette et la souffleuse n'ont pas de secret pour lui et il cause déneigement avec passion.

L'équipement est désuet, a-t-il expliqué. Les bris sont fréquents. Les dépôts de neige sont archipleins, les camions doivent parfois attendre une heure avant de décharger leur cargaison. Les bancs de neige à la carrière Francon, par exemple, atteignent 70 mètres de haut.

La Ville ne sait plus où mettre la neige. Elle n'a pas le droit de la déverser dans le fleuve.

C'est vrai, le maire a raison. La ville compte 4100 kilomètres de rues, soit l'équivalent de la distance entre Montréal et Vancouver. Pas facile à déneiger. Mais 10 jours! Soyons sérieux. En veine de confidences, Gérald Tremblay a ajouté qu'il a pelleté son toit trois fois et qu'il déblaie son entrée à 4h du matin.

Mais l'énergique maire n'a pas de pouvoir, sauf celui d'enlever la neige devant son portique. Il ne peut même pas demander aux cols bleus de déblayer le trottoir en face de l'hôtel de ville, car le déneigement fait partie des compétences des arrondissements. Et il y en a 19 avec, à leur tête, des maires qui ont plus de pouvoir que Gérald Tremblay dans leur champ de compétence.

Ce sont eux qui décident du rythme du déneigement, des priorités et des budgets alloués. Gérald Tremblay n'a pas un mot à dire. Il peut suggérer, proposer, discuter. Mais décider? Non. Ainsi va la Ville charcutée au cours de l'opération défusion menée par le premier ministre Jean Charest.

Montréal est une ville à 19 vitesses, éclatée en 19 arrondissements, 19 royaumes. Elle est ingouvernable et «indéneigeable».

Le maire le reconnaît. «Je ne peux pas imposer des pratiques à un arrondissement», a-t-il dit.

Il a toutefois mis sur pied une «cellule d'intervention pour la neige» et il a l'intention de faire une autopsie de la dernière tempête. Il veut même «s'asseoir avec les arrondissements, les cols bleus, les entrepreneurs et des groupes de citoyens» pour brasser des idées et trouver des solutions originales aux problèmes de déneigement.

Bref, beaucoup de parlotte pour masquer son impuissance. Car le pouvoir, le vrai, lui échappe.

Gérald Tremblay a multiplié les demandes auprès de Québec pour qu'il modifie la charte et lui donne davantage de prise sur sa ville. Mais le gouvernement traîne les pieds et le dossier agonise sur le bureau de la ministre des Affaires municipales.

Gérald Tremblay a été très peu présent pendant les 10 jours où Montréal s'est débattu avec la neige. Il a laissé le crachoir à son frère Marcel, le grand manitou de la propreté et du déneigement. Sauf que les Montréalais veulent voir leur maire, pas son frère.

En août, lorsqu'une longue fissure a provoqué l'affaissement d'une dalle dans un passage souterrain du centre-ville, le maire s'est précipité sur les lieux. Mais la neige? Rien, ou si peu.

Pourquoi cette absence? Gérald Tremblay se défend en disant qu'il fait partie d'une équipe. «L'important, c'est que la neige soit ramassée», a-t-il tranché.

Oui, la neige est ramassée, mais avec une lenteur toute kafkaïenne. Je ne veux pas en rajouter, mais les rues de Kaboul sont en meilleur état.

À la fin de l'entrevue, le maire a fait une déclaration étonnante: «J'ai un rôle d'intendance, a-t-il dit. Je suis un intendant.»

Non, M. Tremblay, vous n'êtes pas un intendant, mais un maire. C'est pour ça que les Montréalais vous ont élu.

20 mars, 2008

La bourse 101

Aux USA, en Australie, en Chine, etc. on enseigne aux enfants des notions d’économie et de finance dès le primaire.



Au Québec, les gourous du ministère de l’éducation croient que l’enseignement de ces notions sont inutiles et même nuisibles. En effet, si les Québécois venaient à comprendre que rien n’est gratuit, cela pourrait retarder la venue de la société socialiste, égalitaire et juste dont rêve certains fonctionnaires.

À moins de faire un sérieux ménage dans la bureaucratie du ministère, dans vingt ans nous serons encore plus pauvres par rapport à nos principaux partenaires économiques.

18 mars, 2008

Ce n’est jamais assez......

..... quand on dépense l’argent des autres.

Et si Devimco allait investir là où il est le bienvenu!!

Le lundi 17 mars 2008
La cour des miracles
Nathalie Collard
La Presse

Depuis le début des audiences publiques concernant le projet Griffintown, les avis se multiplient au sujet des critères qui devraient encadrer le développement de ce quartier oublié du sud-ouest de Montréal.

Rappelons que les consultations publiques entourant ce projet ne respectent pas la voie officielle. Elles auraient dû être organisées par l'Office de consultation publique de Montréal, elles sont plutôt sous la responsabilité de l'arrondissement, ce qui est regrettable car moins structuré. Cela dit, les consultations actuelles permettent tout de même aux organismes et aux citoyens d'exprimer leurs opinions. Et ils en ont!

Est-ce l'ouverture peu habituelle démontrée par le promoteur Devimco depuis l'annonce du projet qui provoque une telle avalanche de demandes? Toujours est-il que la liste des recommandations s'allonge de jour en jour.

Au cours des dernières semaines, plusieurs organismes et citoyens ont déposé un mémoire auprès de la mairesse de l'arrondissement, Jacqueline Montpetit. La Société du Havre recommande «un développement exemplaire par la qualité de son aménagement et de son architecture», un projet qui mise sur le transport collectif, les innovations technologiques, les matériaux durables et l'énergie renouvelable. La Société recommande aussi qu'on pense aux jeunes familles. Héritage Montréal souhaite qu'on mette en valeur les qualités patrimoniales du quartier. Les Irlandais voudraient qu'on souligne leur héritage et leur histoire. Quant à la Chambre de commerce, qui appuie en principe le projet, elle a émis une liste contenant de multiples conditions: que le projet réponde aux plus hauts critères d'excellence (normal), qu'il intègre la main-d'oeuvre locale, que les bâtiments répondent aux normes du développement durable du système d'évaluation LEED, que le quartier Griffintown devienne le quartier de Montréal où la part modale de transport propre et actif soit la plus élevée en ville.

Quant aux citoyens du quartier, ils ont, eux aussi, de nombreuses revendications: ils demandent des espaces verts, des commerces conviviaux, une école, une place publique. Une résidante a même proposé de transformer les berges du canal de Lachine en plages, comme à Paris (le canal de Lachine est sous la juridiction de Parcs Canada). Ce serait un euphémisme de dire que les attentes sont grandes. Elles sont immenses.

Soyons clairs, nous croyons que le projet final de Devimco doit répondre à des normes élevées sur le plan urbanistique et architectural tout en reflétant l'évolution des tendances du développement durable. Pas question de donner un chèque en blanc au promoteur du Dix30. Personne n'a envie de voir Griffintown transformé en quartier de boîtes carrées sans personnalité et sans âme.

Il faut toutefois être réaliste. Le projet Griffintown ne doit pas devenir un rêve sur papier, il doit se concrétiser. Et pour y arriver, il faudra faire des choix. La longue liste de recommandations doit donc être vue comme des propositions constructives non pas comme des conditions sine qua non.

Les miracles n'existent pas, les quartiers parfaits non plus.

On ne peut pas exiger d'un seul promoteur qu'il réponde aux plus grandes exigences architecturales, urbanistiques et environnementales.

16 mars, 2008

Rapport d’impôt simplifié

N’oubliez pas de remplir votre rapport d’impôt et de le retourner à l’ADRC et au MRQ avant la fin avril. Grâce au nouveau formulaire simplifié vous n’avez vraiment pas d’excuse.



Si vous hésitez, Revenu Québec se fera un plaisir de vous rafraîchir la mémoire.


14 mars, 2008

Le sexe, l’argent et le ministère de l’éducation

Il est bien connu que le sexe et l’argent gouvernent le monde.

De bonnes bases en économie et en finances sont nécessaires pour prendre des décisions éclairées tant sur le plan personnel que sociétal. Ces connaissances permettent aux individus de mieux gérer leurs affaires. L’éducation économique et financière crée des citoyens plus aptes à participer et à contribuer positivement à l’évolution de la société. Ils peuvent porter un meilleur jugement sur les nombreuses questions confrontant une société moderne.

Le sexe gouverne le monde depuis la nuit des temps. Clovis s’est converti pour plaire à Clotilde (traduction : obtenir ses faveurs sexuelles). Charlemagne a fondé l’Empire carolingien pour agrandir le territoire lui donnant droit de « cuissage ». Bill Clinton, l’homme le plus puissant du monde, a succombé aux charmes de Monica Lewinski. Eliot Spitzer, gouverneur de l’État de New York, champion de la bonne morale, fréquente un bordel de luxe. Il existe des centaines de volumes entier traitant de la relation sexe-pouvoir.

Le sexe concerne tout le monde. Le sexe c’est la vie. Une vie sexuelle épanouie est un gage de santé physique et mentale et un pré-requis incontournable au bonheur.

Les gourous du ministère de l’éducation, dans leur infinie sagesse, ont jugé que les cours d’économie et de sexologie n’avaient pas leur place dans nos écoles publiques. Les grands penseurs du ministère croient que des notions aussi « terre à terre » ne méritent pas une attention particulière. Elles peuvent très bien être transmises aux enfants à travers l’enseignement des autres matières.

L’école n’a donc pas pour mandat d’inculquer des notions pratiques et utiles à nos enfants. Cela pourrait nuire à la venue de la société juste, solidaire et évidemment socialiste dont rêve tous les syndicalistes et une bonne partie des fonctionnaires québécois. Malheureusement, ce sont nos enfants qui font les frais de leur vision utopique du monde.



Gracieuseté d’Ygreck

12 mars, 2008

Redistribution 101

Heureusement, il y a des profs comme Germain Belzile pour faire contrepoids aux nombreux profs de la gogauche.

dimanche 2 mars 2008
Quelques réflexions sur la redistribution des revenus

Germain Belzile

Le temps des impôts approchant à grands pas au Canada, je vous propose un « thought experience » que je mène régulièrement avec mes étudiants, dans un cours d’économie du bien-être et de la taxation.

L’État nous oblige à lui verser à chaque année des sommes importantes sous toutes sortes de formes (impôts sur le revenu, taxes diverses, impôts sur la richesse foncière), dont une part importante ne sert pas à produire des biens « publics », mais est plutôt redistribué. Bien peu de gens remettent en question cette notion même de redistribution des revenus.

Mes discussions avec mes étudiants m’amènent à croire que le soutien à ces politiques (ou l’apathie généralisée) relève plus d’une forme de conditionnement ou d’habitude que d’un soutien théorique ou moral profond.

Voici comment j’approche le problème avec mes étudiants : en début de séance de cours, je propose à ma classe que l’on procède à une redistribution des points accumulés par chacun au cours du trimestre. Ainsi, ceux qui auront performé bien mieux que la médiane céderont des points à leurs collègues « moins fortunés ». La moyenne ne changera pas, mais les notes n’iront plus de E à A+. Les meilleurs ne pourront plus espérer qu’un B+ et les plus faibles obtiendront un C-.

Assez rapidement, « hell breaks loose » ! La plus grande part des étudiants sont en pétard face à ce qu’ils voient comme une injustice. Parmi leurs objections, notons :

« Je travaille fort. Ce sont mes notes. Pourquoi devrais-je en céder à ceux qui travaillent moins ? »

« On encourage ainsi le resquillage, i.e. certains travailleront moins fort et se contenteront d’un C-, aux dépens des autres »

« La moyenne diminuera, car tous feront face à des incitations moins fortes pour performer »

Et ils réalisent très vite que c’est ce qui se produit avec le système de taxes-redistribution. Les taxes ne sont pas neutres. Nous sommes collectivement plus pauvres lorsque l’État s’ingère dans nos vies en taxant ceux qui travaillent fort.

En fait, le cas des taxes est bien plus grave que celui des notes. En plus de diminuer l’incitation à travailler et à entreprendre, les taux marginaux de taxation élevés réduisent l’investissement sous toutes ses formes (en capital physique, en innovation et en éducation). Y aurait-il beaucoup d’étudiants à HEC si tous occupaient un emploi semblable et gagnaient la même chose, quelque soit la diplômation ? Mes étudiants, qui font face à un coût d’opportunité élevé en étudiant, ne s’y trompent pas.

09 mars, 2008

Le Québec souffre de « subventionnite aigu »

Tous les groupes d’intérêts, syndicats, organismes patronaux, Chambres de commerce, etc. quémandent à grands cris plus de subventions pour sauver l’industrie forestière et le secteur manufacturier. Pourtant, les programmes de subvention, au mieux, permettent de retarder une fin inévitable ou pire, créent des distorsions dans l’économie dont les effets pervers sont contre-productifs.

Les programmes de subvention sont définis en fonction des objectifs électoralistes du parti au pouvoir. Il est rare qu’ils atteignent les objectifs visés. Dans son texte, Nathalie Elgrably mentionne qu’il y a 1 700 programmes d’aide et de subvention aux entreprises. Ces programmes coûtent des milliards et personne ne semble se soucier de leur efficacité. Où sont les études coût/bénéfice?

Ils sont coûteux à administrer. Chaque demande de subvention requiert l’intervention de nombreux bureaucrates. Ils créent les formulaires de demande, approuvent les subventions et font le suivi auprès des entreprises. Les entreprises bénéficiaires doivent respecter une multitude de contraintes nuisibles à leur productivité.

Ils sont aussi des outils de propagande au profit du parti au pouvoir. Chaque subvention fait l’objet d’un communiqué de presse où l’on encense la générosité du gouvernement et mentionne les noms des ministres et députés impliqués de près ou de loin au dossier. En moyenne, il y en a une cinquantaine par mois.

Si le gouvernement cancellait tous les programmes de subvention et réduisait d’autant la fiscalité des entreprises le Québec serait le paradis de l’investissement privé au lieu de traîner dans le peloton de queue. De plus, l’élimination des programmes d’aide permettrait d’éliminer tous les fonctionnaires assignés à leur gestion. Les économies obtenues seraient plus que suffisantes pour aider les travailleurs affectés par les fermetures d’usine.

Le rôle du gouvernement n’est pas de fausser les règles du marché en concoctant des programmes de subvention inutiles. Sa priorité doit être de venir en aide aux travailleurs affectés par les conséquences inévitables d’une économie en croissance.
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Canoë, Mise à jour: 06/03/2008 10:11

Nathalie Elgrably-Levy

Aider intelligemment

La ministre des Finances, Mme Monique Jérôme-Forget, déposera son deuxième budget jeudi prochain.

Évidemment, aider le secteur manufacturier des régions ressources est l'une des priorités de l'heure. Et comme tous les partis se sont dits déçus du plan d'aide «très timide» du fédéral, on envisage certainement de délier les cordons de la bourse pour se lancer à la rescousse des régions.

Les intentions sont louables, mais il faut se méfier des mesures qu'on pourrait adopter. L'expérience nous a prouvé que subventionner les entreprises en difficulté ou offrir un crédit d'impôt remboursable de 30 % sur la croissance de la masse salariale sont des moyens inefficaces, voire tout simplement contre-productifs. D'ailleurs, comment oublier le fiasco de l'usine Gaspésia qui a coûté près de 300 millions $ aux contribuables québécois, et les 1 700 programmes d'aide et de subventions aux entreprises dont les effets tardent à se manifester ?

IDENTIFIER LA CAUSE

Pour régler définitivement un problème, il faut avoir le courage d'identifier sa cause. Si les régions ressources éprouvent des difficultés, ce n'est ni en raison de subventions insuffisantes, ni parce que le crédit de 30 % sur la croissance des salaires est trop maigre. C'est parce que leur productivité est trop faible !

À cet égard, les observations du Rapport Gagné sur les aides fiscales aux régions ressources sont fort éclairantes. En l'occurrence, il a montré que la productivité du secteur manufacturier dans les régions ressources s'est accrue d'à peine 0,2 % de 1998 à 2005. Oui, 0,2 % !!! Cette performance est lamentable, surtout quand on sait que celle du secteur manufacturier québécois dans son ensemble a augmenté de 2,5 %, et celle des régions urbaines, de 3,5 %.

ALLÉGER LE FARDEAU FISCAL

La productivité permet la création de richesse et constitue l'un des principaux moteurs de croissance d'une société. Il est donc utopique d'espérer progresser sans l'améliorer. Or, pour augmenter la productivité des travailleurs, il est primordial que (1) les entreprises aient accès à de la machinerie et à des équipements de pointe, et que (2) les travailleurs reçoivent la formation appropriée. Et comme la détresse des régions ressources est grande, il est urgent d'encourager l'investissement de manière notable, et de former adéquatement les travailleurs.

Ainsi, pour aider intelligemment les entreprises des régions ressources, comme celles de partout d'ailleurs, il serait souhaitable d'alléger leur fardeau fiscal afin de leur donner la marge de manoeuvre pour investir. Mais une telle mesure a peu de chances de voir le jour, car les politiciens aiment privilégier ce qui est politiquement rentable au détriment de ce qui est économiquement bénéfique. Par conséquent, on devrait au moins s'inspirer du rapport Gagné et remplacer l'actuel crédit d'impôt à la masse salariale par un crédit d'impôt à l'investissement. Idéalement, on devrait également encourager la formation des travailleurs. Les partis de l'Assemblée nationale peuvent offrir aux régions ressources l'occasion de s'en sortir. Espérons qu'ils auront le leadership nécessaire pour entreprendre le virage qui s'impose !

Et vu les vertus du crédit d'impôt à l'investissement, pourquoi le réserverions-nous uniquement au secteur manufacturier des régions éloignées ? Toutes régions confondues, la productivité des travailleurs québécois est inférieure à celle des travailleurs canadiens et américains. Alors, pourquoi ne pas étendre le " privilège " à l'ensemble des entreprises québécoises et ainsi les aider à devenir des acteurs redoutables sur la scène internationale ? Pouvons-nous réellement nous permettre de ne pas mettre toutes les chances de notre côté ?

08 mars, 2008

600 000 $ par année par emploi!

Dans son texte, Jean-Marc Carpentier conclue que l’entente survenue entre le gouvernement et Alcoa équivaut à une subvention annuelle d’environ 1 milliard de dollars. Cela représente plus de 600 000 $ par année par emploi conservé!

Comment le Québec peut-il se permettre une telle folie? Il est certain que ce projet aura un impact positif sur le PIB du Québec à court terme. Mais, fallait-il pour autant sacrifier des dizaines de milliards de revenus futurs?

Les Québécois peuvent-ils se prémunir contre de tels abus de la part des politiciens?

Il est inutile de croire qu’en changeant le parti au pouvoir on règlera le problème. Lorsque le PQ était au pouvoir, Bernard Landry s’était engagé à être encore plus généreux envers Alcoa. Compte tenu des demandes de l’ADQ depuis un an, je doute que les choses soient très différentes si les Adéquistes prennent le pouvoir. Alors, que faire?

Il faut couper les vivres au gouvernement.

Les rôles essentiels des gouvernements sont de : légiférer, assurer la sécurité des citoyens et dispenser la justice. En limitant le budget du gouvernement au minimum requis pour remplir ces rôles on pourrait éviter les dérapages.
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L'entente entre Québec et Alcoa est indéfendable
5 mars 2008 - 06h00
L'auteur est vulgarisateur scientifique et analyste en énergie.
Jean-Marc Carpentier

Assiégé depuis son arrivée au pouvoir par le puissant lobby de l'industrie de l'aluminium, le gouvernement Charest vient de céder en garantissant à Alcoa un approvisionnement à long terme d'électricité à un prix extrêmement avantageux.

Étonnant pour un gouvernement qui avait dénoncé et annulé des ententes similaires concédées en panique préélectorale par l'ancien premier ministre Bernard Landry. Une belle démonstration qu'en politique, comme en physique, les mêmes causes produisent généralement les mêmes effets.

Oublions les écrans de fumée des relationnistes de l'industrie et les prétendues retombées économiques des comptables-alchimistes. Une vérité toute simple demeure: le premier ministre Charest s'est engagé à livrer à Alcoa jusqu'au milieu du siècle près de 2000 mégawatts (MW) d'électricité à un prix qui ne sera même pas la moitié de ce qui nous en coûtera à ce moment pour remplacer cette même quantité d'énergie.

Dans sa dernière stratégie énergétique, le gouvernement du Québec chiffre en effet à 25 milliards de dollars le coût de la nouvelle capacité de production de 4500 MW qu'il entend mettre en chantier pour les années à venir. C'est donc un investissement de plus de 10 milliards que les abonnés d'Hydro-Québec devront supporter à même leurs tarifs pour continuer de livrer ces 2000 MW.

Or, un tel investissement implique un coût de production de l'électricité d'au moins 10 cents le kilowattheure (¢/kWh). Mais pas question pour les grandes alumineries de payer cette nouvelle fourniture à son coût marginal de production. Au mieux, on consent à payer éventuellement le tarif grande puissance, soit environ 4¢/kWh.

Le calcul est vite fait: cette perte de 6¢/kWh pour une puissance de 2000 MW produit un déficit annuel de plus d'un milliard de dollars. Pour absorber cette seule perte, il faudra majorer les tarifs de tous les consommateurs québécois d'au moins 5%.

On justifiera ces contrats en disant qu'Hydro-Québec disposerait actuellement d'un surplus d'énergie. Mais pourquoi s'engager sur des décennies pour régler un problème temporaire? Si nous avons vraiment trop d'électricité, pourquoi s'obstiner à tapisser la Gaspésie d'éoliennes géantes et se lancer dans de nouveaux projets hydroélectriques très coûteux? Pourquoi ne pas exporter temporairement ces surplus vers l'Ontario qui cherche désespérément de l'électricité pour fermer ses centrales au charbon?

Un contexte différent

La vente massive d'électricité aux alumineries pouvait peut-être se justifier au début des années 80 alors que nos coûts de production étaient très bas, que nous avions d'importants surplus et qu'il n'y avait pas de marché extérieur attrayant pour notre production. Mais aujourd'hui, tout est différent. L'électricité est devenue un produit coûteux à produire et qui se vend très cher.


Ailleurs en Amérique du Nord, son prix augmente en moyenne de 15% par année. Et ce n'est pas fini! Le pétrole coûte déjà plus de 100$ le baril. Imaginons un peu ce que seront les prix du pétrole et de l'électricité dans quelques décennies. Nous serons alors probablement bien malheureux d'avoir concédé à long terme nos richesses énergétiques aux géants de l'aluminium.

Pour ce qui est des emplois, la discussion est courte puisque Alcoa n'entend créer aucun emploi. Toute cette richesse ne sera concédée que pour maintenir, au mieux, les emplois actuels.

On a longtemps reproché au premier ministre Duplessis d'avoir littéralement donné le fer de la Côte-Nord aux grandes multinationales. L'entente que vient de conclure le gouvernement Charest avec Alcoa est encore pire. C'est comme si en plus de donner le minerai, nous devions aussi payer pour construire la mine, les voies ferrées et les installations portuaires, et ensuite assumer la moitié des coûts d'exploitation de toutes ces installations.

En fait, si le gouvernement avait plutôt offert de donner à Alcoa le site de la rivière Romaine (1555 MW) qu'Hydro-Québec s'apprête actuellement à développer, la multinationale aurait sans doute refusé. Les contrats annoncés hier sont beaucoup plus avantageux pour elle.

En somme, ce que nous devons conclure, c'est que nos dirigeants sont incapables d'élaborer une stratégie énergétique qui soit véritablement génératrice de richesse. Il est effectivement paradoxal de conclure que la société québécoise serait plus riche, à long terme, si nous n'avions plus de ressources hydroélectriques à mettre en production.

Cherchez l'erreur...

05 mars, 2008

Pourquoi payer deux fois pour le même service?

Dans une note économique, l’IÉDM propose d’utiliser les péages pour financer la construction et l’entretien des routes du Québec. J’adhère pleinement à cette recommandation. L’application du principe « utilisateur-payeur » est aussi valable pour le réseau routier que pour tout autre bien ou service. Il responsabilise les consommateurs et respecte les choix de chacun. Toutefois, il est inacceptable qu’au nom de ce principe on fasse payer l’utilisateur deux fois.

Les sommes payées par les automobilistes (taxes sur l’essence, TVQ, TPS, permis de conduire, frais d’immatriculation) sont plus que suffisantes pour financer le réseau routier québécois. Depuis 30 ans les contributions des automobilistes au budget consolidé des gouvernements provincial et fédéral excèdent les investissements que ceux-ci font dans le réseau routier. En 2007-2008, les automobilistes ont contribué près de 3 000 M$ (1) au revenu du gouvernement québécois et près de 1 300 M$ au gouvernement fédéral. Pourtant, Québec a investi seulement 2 213 M$, incluant les contributions du gouvernement fédéral, dans ce même réseau. Les automobilistes paient déjà près de deux fois plus que ce que le gouvernement investit dans le réseau routier. Dans ces conditions, l’instauration de péage, sans réduire d’autant les taxes et le prix des permis, équivaut à payer deux et même trois fois pour le même service.

Bernard Mooney a raison de s’indigner du traitement réservé aux contribuables par les gouvernements.

(1) Voir ici

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Bernard Mooney, LesAffaires.com, le 4 mars 2008

Péage : le cochon de contribuable n’a pas fini de payer!

Il est évident que les gouvernements ne pourront résister à la tentation d'instaurer des péages.

Pas dans le but avoué d'investir dans les infrastructures. Mais dans le seul but d'aller chercher encore plus d'argent dans les poches profondes de ce cochon qu'est le contribuable!

Car il ne faut pas se leurrer. Si nos routes tombent en ruines, ce n'est pas parce que les gouvernements n'ont pas d'argent, ni parce que les contribuables ne paient pas assez.

Le contribuable moyen paie au bas mot 40 % de chaque dollar gagné et si on inclut tous les frais associés à la gouvernementite (permis de conduite, contribution au transport en commun, etc.), c'est probablement 50 %.

Tout cet argent ne suffit pas à entretenir nos infrastructures. C'est un gigantesque leurre que de prétendre que donner quelques milliards de plus réglera ce problème.

Ça fait combien d'années qu'on ajoute milliard après milliard dans notre système de santé ? Et il est encore en crise!

En théorie, le péage est une solution intelligente. Mais pas au Québec.

Bernard Mooney

04 mars, 2008

Santé : il est temps d’agir

Les éditoriaux, les lettres d’opinion, les sondages, etc. pointent tous dans la même direction. On a assez consulté, analysé et discuté, il est temps d’agir. Malheureusement, les problèmes du système de santé pourrissent depuis tellement longtemps qu’ils ont atteint des proportions gigantesques. Aucun politicien qui aspire à demeurer en politique n’ose les affronter.

Pourtant, si on s’en remet aux grands principes sous-jacents à une gestion efficace, le défi apparait raisonnable :
  • Séparation des rôles de gestionnaire et de fournisseurs. Le ministère dicte les normes et supervise leur application. Le marché fournit les services;
  • L’argent suit le patient. Les patients se responsabilisent et se réapproprient leur santé.

L’application de ces principes de base ferait en sorte que le bon fonctionnement du système de santé serait l’affaire de tout le monde. Ainsi, le potentiel créatif de l’ensemble de la population contribuerait quotidiennement à solutionner les défis du système de santé.

Si le gouvernement se référait à ces deux principes pour guider son action les problèmes du système de santé se résorberaient d’eux-mêmes en quelques années.
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Le samedi 23 fév 2008
Une système de santé malade
Michel Clair, La Presse

Ancien ministre, président de la Commission d'étude sur les services de santé et les services sociaux (2000), l'auteur est aujourd'hui PDG de Groupe Santé Sedna. Il écrit ici à titre personnel.


J'ai lu les 300 pages du rapport Castonguay avec le regard du citoyen qui a présidé une commission d'études de neuf personnes, en 2000, et participé au comité Ménard, en 2005.

Au cours de la lecture, une évidence m'est apparue avec force: sept ans et trois commissions plus tard, le diagnostic est identique et les axes de solutions proposées sont très substantiellement les mêmes.

Je mets volontairement de côté les propositions controversées de l'assurance privée, de la pratique mixte qui en découlerait et les mesures d'augmentation d'impôts déjà rejetées par le gouvernement. Celui-ci devra quand même trouver le 1,2 milliard de dollars de croissance annuelle.

Sur tout le reste, la convergence des trois rapports est frappante: nécessité de limiter la croissance des dépenses à la richesse collective. Changements à faire dans les modes d'allocation des ressources. Nécessité de faire des choix et de performer. Changements essentiels dans la gouvernance.

Pourquoi sept ans et trois commissions d'études plus tard, notre système de santé est-il incapable de se mobiliser pour implanter les recommandations convergentes? Mes réflexions personnelles m'amènent à penser que le système de santé du Québec est un malade qui refuse les traitements. Autrefois fort et célèbre, il vieillit mal, il refuse de faire de l'exercice, de suivre une diète, de mesurer ses résultats. Il préfère prendre l'argent de la famille pour continuer dans ses habitudes sans égard au coût, plutôt que de changer son style de vie. Pourquoi?

Je crois qu'il y a quelques règles de vie saine que le système de santé dans son ensemble a tendance à rejeter a priori: 1) rendre des comptes sur l'argent public qu'il reçoit; 2) mesurer sa performance; 3) compétitionner sur une base équitable dans la livraison des services; 4) vivre sous une gouvernance fondée sur la transparence et l'imputabilité. Cela l'affaiblit beaucoup et nuit à sa pérennité.

L'argent public

Depuis 10 ans, le réseau de la santé dans son ensemble a pris le contrôle de facto des finances publiques du Québec. J'exagère à peine. Au fil des ans, les pressions combinées de tous les acteurs du réseau de la santé sont devenues telles que personne ne peut résister à la force de lobby du ministère de la Santé et de ses constituantes. Chaque année, ils coincent le ministère des Finances et le forcent à trouver 1,2 millions de plus sans soumettre la moindre liste de coûts unitaires ni de projet de gain de productivité.

Tant qu'il n'y aura pas de nouveaux modes d'allocation budgétaire en fonction des résultats, le «système» préférera le statu quo parce que la pression politique est un outil bien plus simple pour obtenir les 24 milliards de nos taxes et impôts que de justifier un budget d'exploitation basé sur des volumes de services achetés à des prix unitaires connus, des niveaux de qualité mesurés et rendus en temps.

La mesure de la performance

Le deuxième verrou au changement, c'est la mesure de la performance. Un mot qui déplaît dans le réseau de la santé. Un mot associé négativement à la gestion privée et qu'on oppose fallacieusement à un système de santé universel et de qualité. Partout ailleurs, dans la société, la mesure de la performance est vue comme un outil qui permet de s'améliorer, d'assurer la survie de l'organisation devant les menaces et de perfectionner les façons de faire.

Notre système de santé ignore la mesure de la performance. Il ne dispose d'aucun système d'information lui permettant de connaître les coûts complets d'une chirurgie typique dans nos hôpitaux. Quelle entreprise pourrait survivre une seule année de cette manière? Pourquoi une organisation en péril comme notre système de santé avec une productivité déclinante, des problèmes de pénurie et d'épuisement des ressources humaines se refuse-t-elle un traitement à la performance? La réponse me semble être dans la culture qui a fini par se développer en raison d'une gouvernance trop centralisée, qui tue l'initiative et déresponsabilise.

La compétition

Voilà un mot sacrilège dans notre système. Ailleurs, la compétition est vécue comme une assurance que le rapport qualité/prix s'améliorera constamment, qu'elle sera source d'émulation pour démocratiser l'accès aux services et d'innovation dans les modes de livraison. Dans un système à financement public où l'on gère l'argent des citoyens, il serait normal de développer une concurrence saine et encadrée de la livraison des services à fort volume. À peu près tous les pays avancés de l'OCDE le font.

D'où vient le blocage? À mon avis, certains acteurs défendent âprementle statu quo, car ils croient que leur influence serait inexorablement diluée si les citoyens avaient réellement le choix de leur prestataire de soins dans le cadre d'un financement public, donc si l'argent suivait vraiment le client. Je crois le contraire. L'introduction de modes variés et compétitifs de livraison de services permettrait un renforcement du positionnement des organisations publiques innovantes et renforcerait le vrai leadership de ces acteurs publics.

La gouvernance

La gouvernance à la fois administrative et clinique du système est à l'avenant: une incroyable confusion des rôles y règne de haut en bas de la structure. Cela discrédite le système et le rend dysfonctionnel.

La clarté des rôles, la transparence dans les choix et les résultats et l'indépendance des administrateurs sont des préalables à la bonne gouvernance. S'il est si difficile de la réformer, c'est à mon avis parce que chacun en est venu à penser que la somme des intérêts corporatifs représentés aux conseils d'administration égalait l'intérêt général. Cela est faux. On ligote ainsi le système. Doter le réseau d'une gouvernance de classe mondiale lui permettra de sortir de cette impasse.

Claude Castonguay a raison de dire que des changements sont inévitables. Qui de nos dirigeants politiques voudra entreprendre cette cure avec force et empathie plutôt que de laisser le malade se détruire sous nos yeux?

02 mars, 2008

Peut-on relancer l’économie par la consommation?

André Dorais

La non-intervention absolue est d’une naïveté absolue. Il faut être niaiseux pour croire que les États-Unis et les pays européens n’interviennent pas pour attirer, soutenir ou garder des entreprises. ---- Raymond Bachand, ministre du Développement économique du Québec

Une pratique suivie depuis des décennies est difficile à remettre en question, d’autant plus lorsqu’elle est partagée par plusieurs. Cependant, sa légitimité et son efficacité ne se mesurent ni au nombre d’années qu’elle est suivie, ni à son nombre d’adhérents. Les politiques économiques d’inspiration keynésienne, qui cherchent à relancer l’économie par la consommation, en sont un bel exemple.

Selon l’approche usuelle et keynésienne de calculer le produit national (PIB), il suffit d’additionner les éléments suivants : dépenses de consommation (C), dépenses gouvernementales (G), investissements privés (I) et exportations nettes (X – M). En laissant tomber l’élément le moins important, l’équation se réduit à ‘C + G + I’. Dans la mesure où on l’utilise pour appréhender la richesse économique, on peut se contenter de l’ordre de grandeur suivant : les dépenses de consommation constituent les deux tiers (ou 66%) du PIB, les dépenses gouvernementales constituent le cinquième (ou 20%) et augmentent depuis près d’un siècle, alors que les investissements privés constituent le reste.

Si l’on considère les dépenses gouvernementales comme il se doit, soit d’autres dépenses de consommation, l’équation se réduit à ‘C + I’. Dans ces circonstances, on comprend mieux pourquoi les gouvernements encouragent les gens à consommer et à dépenser, sans se gêner eux-mêmes, pour relancer l’économie. Il ne s’agit pas moins d’une erreur monumentale. En effet, dans la mesure où l’on s’en tient aux éléments mentionnés pour décrire la richesse, on devrait inverser leur poids respectif, c’est-à-dire considérer l’investissement comme étant l’élément le plus important, à défaut de quoi on risque de s’appauvrir plutôt que de relancer l’économie.

Dépenses de consommation vs dépenses de production

Si l’on se fie aux proportions données par ladite formule, il n’y a qu’un pas pour considérer l’ensemble des biens comme étant de consommation. En ce sens, un bien de consommation est un bien ou un service acheté, soit directement par le consommateur, soit indirectement par le gouvernement via l’imposition et la taxation. Toutefois, cette définition ne permet pas de déterminer si les biens sont achetés pour être consommés directement ou par l’entremise d’une transformation préalable.

Considérant que les gouvernements cherchent généralement à en savoir le plus possible sur la vie des gens, on n’a qu’à penser aux recensements obligatoires, pourquoi se contenteraient-ils d’aussi peu d’information en cette matière? Plus la consommation est définie de manière extensive, plus le gouvernement en tire avantage, et pas nécessairement au profit de la population qu’il dessert. En effet, les dépenses gouvernementales contribuent au PIB de même manière que les dépenses de consommation des particuliers, mais seules les dépenses des particuliers répondent vraiment à leurs propres besoins. Par conséquent, dans la mesure où l’on cherche avant tout l’intérêt de la science plutôt que celui du gouvernement, on doit différencier davantage les biens de consommation des biens de production ainsi que les dépenses respectives qui leur sont associées.

Les biens de production (biens en capital ou biens intermédiaires) permettent ou bien une plus grande quantité, ou bien une meilleure qualité, de biens de consommation. On les fabrique par l’entremise d’investissement, c’est-à-dire l’utilisation de ressources naturelles, d’autres biens en capital et le travail humain. On peut se contenter, pour les besoins de ce texte, de qualifier les dépenses de production comme étant celles qui visent à transformer un objet dans le but d’en effectuer une vente subséquente. On retrouve cette caractéristique non seulement parmi les biens regroupés sous la rubrique investissement, mais également parmi plusieurs biens regroupés sous la rubrique consommation. (Pour se convaincre de l’extension donnée à la dépense de consommation, on peut consulter l’INSEE). Il s’agit donc de ramener tous les biens ayant cette caractéristique sous la rubrique «I» pour obtenir un portrait plus réaliste de l’économie. Un exemple peut clarifier ce point.

Plusieurs gestionnaires de portefeuille et conseillers financiers divisent le marché, pour fin d’analyse, selon différents secteurs d’activités. Sous le secteur de la consommation on retrouve généralement les sous-secteurs des communications, breuvages, nourriture, soins de santé, vêtements et autres marchandises. Toutefois, il est tout aussi commun de qualifier de biens de consommation le sucre nécessaire à certains breuvages, le tissu nécessaire aux vêtements, les logiciels nécessaires aux communications, etc. On ne peut donc se contenter de qualifier tous ces biens de «biens de consommation» sans perdre de vue les raisons qui amènent un individu à acheter tel ou tel produit.

Si l’on pousse à l’extrême l’idée de transformation d’un bien, on réalise que la différence fondamentale entre les biens de consommation et les biens de production ne se trouve pas tant dans l’objet convoité que dans l’usage qu’on en fait. Effectivement, quand bien même il y aurait plusieurs consommateurs qui achètent un même produit au même endroit, on ne peut en conclure qu’ils en feront le même usage. Certains l’utiliseront pour consommer, alors que d’autres l’utiliseront comme moyen de production pour en obtenir un bien différent. Une dépense de consommation pour l’un peut être considérée comme un investissement, donc une dépense vouée à la production, pour l’autre.

La différence entre un bien de production et un bien de consommation n’est donc pas aussi simple à établir qu’il y paraît à première vue. Il ne suffit pas qu’une autorité décide ce que constitue un bien, et par suite une dépense, de consommation pour qu’il le devienne pour son utilisateur. Il appartient à l’individu, et à lui seul, de distinguer une dépense de consommation d’une dépense vouée à la production. Toutefois, dans la mesure où l’on s’entend pour dire qu’il y a production du moment qu’il y a vente subséquente du produit acheté, on devrait réaliser que plusieurs biens de consommation, parmi ceux qualifiés comme tel à l’heure actuelle, devraient plutôt être qualifiés de biens de production. Par conséquent, ils devraient se retrouver sous la rubrique «investissement» plutôt que la rubrique «consommation».

Politiques monétaires et fiscales malavisées

Si l’on admet que les dépenses vouées à la consommation soient moins importantes que ne l’indique la formule keynésienne, on devrait également remettre en question l’idée de les encourager; du moins, on devrait se soucier davantage d’encourager la production qui y donne lieu. Or, les politiques qui encouragent la consommation non seulement ne sont pas nécessairement celles qui encouragent la production, mais elles ont souvent des effets diamétralement opposés. En d’autres mots, les politiques qui encouragent la dépense de consommation, sans se soucier outre mesure de la distinguer de la dépense de production et par suite de l’investissement, risquent de se traduire par une érosion de la richesse plutôt qu’une relance de l’économie.

Ces politiques sont celles pratiquées un peu partout dans le monde depuis de nombreuses années. Elles se traduisent par une baisse du taux directeur, des travaux dits «publics», des soutiens, des subventions en tous genres, etc. Elles sont encouragées autant par des représentants syndicaux qu’une partie du monde des affaires, autant par des professeurs que des groupes de pression. Le plus ironique est que plusieurs d’entre eux dénoncent le capitalisme et la «société de consommation»! Selon leur façon de voir, les dépenses des uns constituent les revenus des autres et plus il y a de dépense, plus il y a création de richesse. C’est le miracle de la multiplication des pains!

D’après cette façon de voir, les produits et services de consommation se créent d’eux-mêmes; il suffit de les demander et comme par magie les producteurs apparaissent de nulle part pour satisfaire la demande. Or, si les dépenses des uns peuvent encourager les dépenses des autres, il ne s’ensuit pas pour autant qu’il y ait création de richesse ou «relance de l’économie». Il s’agit d’une vision enfantine dépourvue de réalité, à moins que les politiciens s’engagent à la traduire en loi. Dans ce cas, les désirs des uns peuvent être comblés, du moins un certain temps, mais uniquement en soutirant les ressources des autres. Comme le suggère Keynes, une bonne façon d’y arriver est de créer de l’inflation :

«Si la Trésorerie était disposée à emplir de billets de banque des vieilles bouteilles, à les enfouir à des profondeurs convenables dans des mines désaffectées qui seraient ensuite comblées avec des détritus urbains, et à autoriser l'entreprise privée à extraire de nouveau les billets suivant les principes éprouvés du laissez-faire (le droit d'exploiter les terrains billetifères [sic] étant, bien entendu, concédé par adjudication), le chômage pourrait disparaître et, compte tenu des répercussions, il est probable que le revenu réel de la communauté de même que sa richesse en capital seraient sensiblement plus élevés qu'ils ne le sont réellement.» John Maynard Keynes, Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, livre lll, p.106

L’erreur à la base de cette croyance est de considérer la monnaie comme une richesse en soi qu’il suffit de multiplier d’une façon ou d’une autre pour perpétuer la richesse. Or, la monnaie utilisée aujourd’hui n’a rien à voir avec la richesse, elle n’en est qu’une représentante, et mauvaise par surcroît. Ajouter de la monnaie dans l’économie ne crée pas de richesse, cela ne fait que la redistribuer au profit de ceux qui y ont accès en premier. Si ce manège est intensif ou dure trop longtemps, il en résulte non seulement une redistribution des richesses, mais un appauvrissement généralisé.

Une erreur sous-jacente à cette conception est de considérer l’épargne comme une fuite, c’est-à-dire une action qui ne sert pas la consommation, par conséquent qui ne sert à rien, une perte. C’est le monde à l’envers! Pour consommer un produit ou un service il faut en avoir les moyens. Ces moyens constituent l’épargne accumulée. À son tour, l’épargne, avant d’être considérée comme une somme d’argent, constitue l’ensemble des biens de consommation qui permettent d’être soutenu pour une période prolongée. Grâce à eux, les ressources naturelles et le travail humain, on est en mesure de fabriquer des outils et des machines qui, à leur tour, permettent la production d’une plus grande quantité de biens et de services de consommation. C’est cette plus grande capacité de produire qui accroît la richesse et par conséquent la consommation, non le contraire.

Lorsqu’une comptabilité laisse croire qu’il suffise de consommer ou de faire rouler la planche à billets pour créer de la richesse, on doit se poser de sérieuses questions sur la rigueur intellectuelle qui la sous-tend. Avec pareille comptabilité, on ne doit pas se surprendre de constater les niveaux élevés, voire historiques, d’endettement des gouvernements et des ménages dans le monde. Le corollaire de cet endettement est un faible niveau d’épargne.

Le pire est à venir, car les gouvernements ne se contentent ni d’encourager les gens à consommer, ni de dépenser eux-mêmes l’argent soutiré aux contribuables. Ils dévaluent de plus en plus la monnaie, autant par ignorance que fourberie, sur le dos des consommateurs et, particulièrement, sur le dos de leurs créditeurs qui leur font confiance, à tort. Dans pareille circonstance, on doit souhaiter, minimalement, que les gens au pouvoir, qui prétendent faire le bien par l’entremise de l’inflation, l’imposition et la taxation et qui n’ont souvent que l’invective comme seul argument pour défendre leurs positions, sachent un jour se regarder dans le miroir et se poser la question à savoir s’ils ont vraiment aidé les autres ou ne leur ont pas plutôt nuit.

01 mars, 2008

À gauche l'idéologie prime

Dans sa vidéo Joanne Marcotte identifie les arguments de Michel Venne pour se dissocier des conclusions du rapport Castonguay. J’en déduis que selon M. Venne le statu quo était la seule réponse acceptable.

En politique, l’allégeance à l’idéologie du parti prime sur le bon sens. Voilà bien pourquoi il faut limiter le rôle des politiciens dans nos vies de tous les jours.